Festival International du Premier Film d'Annonay 2014: le programme
Cliquez ici pour découvrir le programme sur mon site http://inthemoodforfilmfestivals.com .
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Cliquez ici pour découvrir le programme sur mon site http://inthemoodforfilmfestivals.com .
Il y a cinq ans, dans le cadre du jury des lectrices de Elle dont je faisais partie, je découvrais « La Délicatesse », le roman de David Foenkinos en lice pour le prix et dont le film éponyme est l’adaptation signée par ce dernier et Stéphane Foenkinos. Je découvrais aussi l’écriture fantaisiste, précise et délicate de David Foenkinos (oui, je l’avoue, il m’a fallu attendre son 8ème roman pour cela) après avoir remarqué la présence joliment discrète de l’auteur dans le cadre de feu Forum International Cinéma et Littérature de Monaco. Bien qu’ayant obtenu dix prix littéraires, « La Délicatesse » (à mon grand regret) n’avait pas reçu celui des lectrices de Elle...mais cela ne l’a pas empêché d’en vendre 700000 exemplaires et d’être traduit dans 21 pays...et c’est particulièrement rassurant. Rassurant de voir que pour cela il n’aura pas fallu faire voyager le lecteur dans le temps, ni lui raconter des histoires rocambolesques improbables, ni faire preuve d’un cynisme vengeur et racoleur, ni recourir à un style même pas digne d’un scénario avec deux phrases par page (vous voyez à qui je songe ?). Un livre dont l'auteur ose l'intituler « La Délicatesse » dans une société (pas seulement littéraire) souvent brutale qui prône et glorifie plutôt le cynisme, cela force déjà le respect. A l’encontre d’une société qui veut qu’une pensée se résume à 140 caractères d’exagération ou de mauvaise foi (ah, twitter, mon amour…), ou qu’une personne soit appréhendée et jugée en quelques secondes, le temps d’un regard scrutateur et sentencieux.
« C’est l’histoire d’une femme qui va être surprise par un homme. Réellement surprise ». Ainsi était résumé ce roman. C’est l’inverse aussi. L’histoire d’un homme qui va être surpris par une femme. Réellement surpris. Et c’est surtout l’histoire de Nathalie (Audrey Tautou), une jeune femme qui a tout pour être heureuse, jeune, belle, insouciante, amoureuse de François (Pio Marmaï) qui avait décidé de la séduire parce qu’elle avait choisi un jus d’abricot, ou à peu près. Ils se marièrent et n’eurent pas le temps d’avoir beaucoup d’enfants car François décède brutalement. Tout pourrait s’arrêter là. D’ailleurs, pour elle le temps s’est arrêté, le jour où la lecture de son livre a été interrompue par la mort de François, mais après le deuil va venir le temps de la renaissance, là où et comme on ne l’attendait pas : un jour, sans raison, un peu perdue dans ses rêveries, elle embrasse un de ses collègues, l’insignifiant Markus (François Damiens)...enfin a priori insignifiant. Va alors naitre l’idée de ce couple improbable…
Pas facile de transcrire à l’écran ce qui faisait en partie le charme du roman : l’écriture sensible, à la fois pudique et sensuelle, de David Foenkinos, une écriture émaillée d'une réjouissante fantaisie (aphorismes, digressions aussi savoureuses que décalées) qui faisait de ce roman une passionnante histoire autant qu'une aventure ludique pour le lecteur que Foenkinos, avec, décidément, une délicatesse quasiment amoureuse, n'oubliait jamais, ce qui n'est finalement pas si courant...
« La Délicatesse » est un film à l’image de son personnage principal : d’apparence simple, discret, grave et triste, il se révèle gai, d’une lucidité joyeuse, tendre, et il vous charme d’une manière totalement inexplicable. Le charme des rencontres impromptues, improbables, inattendues. Les plus belles. Et ce n’était pas gagné d’avance. Il faut voir la première apparition de face de Markus, au bout de trente minutes de film (on aperçoit son dos et ses mains lors d’une réunion auparavant mais son visage reste invisible, insignifiant) avec son physique peu évident, son allure débraillée, son assurance hasardeuse. Le jeu du comédien est tel, remarquable François Damiens qui se glisse dans la peau du personnage avec une apparente facilité déconcertante (aidé par la réalisation), que le spectateur finit (presque) par le trouver séduisant, par être charmé à son tour, et en tout cas par comprendre le charme qu’il opère sur Nathalie. Il apparaît comme un personnage aussi lunaire que solaire, grâce à une photographie bienveillante, qui auréole la deuxième partie du film d’une douceur rassurante (très belle photographie de Rémy Chevrin) mais aussi grâce à la douce et énergique bo d’Emilie Simon.
C’est sans doute cela la délicatesse : une sensation indicible, des petits gestes qui vous vont droit au cœur, une empathie du personnage qui emporte celle du spectateur et qui m’a totalement charmée. Par sa fantaisie (celle du roman qui se retrouve par petites touches). Par son mélange subtil de gravité et légèreté. Par sa manière d’appréhender le deuil et de célébrer le retour à l’espoir, à la vie.
Dommage peut-être que Markus ne parle pas davantage puisque dans le roman, le charme opérait surtout par la parole. Il n’empêche que ce film est d’une douceur aussi simple que renversante. Audrey Tautou est l’actrice idéale pour incarner Nathalie. A la fois fragile et décidée, entre détermination énergique et une grâce enfantine qui me fait toujours penser à Audrey Hepburn. Une actrice qui jongle habilement entre le drame et la comédie, à l’image du film qui mêle subtilement les deux genres.
Un bel hymne à la différence. Un film qui rend hommage aux anonymes, héros du quotidien, ces « émotifs anonymes » (on retrouve d’ailleurs une sensibilité commune avec celle de Jean-Pierre Améris), ces êtres vulnérables qui se découvrent plus qu’ils ne se remarquent mais qui n’en sont que plus intéressants. Avec le même sens de la précision et de l’humour décalé (ah, les joies de la Suède et du 114), avec ces mêmes accents truffaldiens, David et Stéphane Foenkinos réussissent non pas à transposer mais à retranscrire le style enchanteur du roman, son romantisme décalé et dénué de mièvrerie.
Un délicieux film d’une gravité légère à déguster sans modération, l’histoire d’une renaissance lumineuse qui fera du bien tous ceux qui ont été touchés par le deuil, à tous ceux qui ne croient plus à la beauté foudroyante des hasards et coïncidences et des rencontres singulières, qui ne croit plus que le bonheur réside là où on ne l’attend pas. Voilà ce film m’a totalement charmée, aussi rare (et précieux) que la délicatesse qu’il met en scène, avec le même charme progressif et non moins ravageur. A (re)voir absolument!
Tout d'abord, avant de vous dévoiler les nommés pour cette cérémonie des Golden Globes 2014, sachez que CINE+ vous propose de la suivre en exclusivité en direct, en clair et en STREAMING sur http://www.cineplus.fr/ .
La retransmission débutera ce lundi à 0H55. Pierre Zéni, accompagné d’une équipe de journalistes spécialisés et de Ramzy Malouki, correspondant Ciné+ à Hollywood, commenteront cette soirée exceptionnelle.
Cineplus.fr propose également à tous de partager et commenter cet événement sur les réseaux sociaux sur le fil Twitter @mycineplus, via le hashtag #GG2014 et www.facebook.com/cineplus.fr .
Ramzy Malouki proposera également, via Twitter #GG2014, les meilleurs moments du Tapis Rouge en photos ainsi que les réactions « A chaud » des principaux lauréats lors de leur passage en salle de presse.
Pour ma part, j'espère que Robert Redford figurera au palmarès pour la fable d'une beauté crépusculaire et bouleversante de J.C Chandor "All is lost", de même que j'espère y voir figurer "Blue jasmine" et "Inside Llewyn Davis" dont vous pourrez retrouver mes critiques ci-dessous. Pour le prix du meilleur film étranger, mon cœur balance entre Asghar Farhadi (Le Passé), Abdellatif Kechiche (La Vie d'Adèle) et Paolo Sorrentino (La Grande bellezza).
C'est "12 years a slave" de Steve Mc Queen qui part en tête mais nombreux sont les films qui pourraient créer la surprise. Précisons également qu'Abdellatif Kechiche n'est pas le seul française nommé puisque Julie Delpy est également nommée pour "Before midnight" (comme meilleure actrice dans une comédie/comédie musicale).
Quelques critiques de films en lice:
INSIDE LLEWYN DAVIS de Joel et Ethan Coen
Les nommés:
Catégorie cinéma
Meilleur film dans la catégorie drame
12 YEARS A SLAVE de Steve McQueen
CAPITAINE PHILLIPS de Paul Greengrass
GRAVITY d'Alfonso Cuaron
PHILOMENA de Stephen Frears
RUSH de Ron Howard
Meilleur film dans la catégorie comédie/comédie musicale
AMERICAN BLUFF de David O'Russel
HER de Spike Jonze
INSIDE LLEWYN DAVIS de Joel et Ethan Coen
NEBRASKA de Alexander Payne
LE LOUP DE WALL STREET de Martin Scorsese
Meilleur acteur dans la catégorie drame
Chiwetel Ejiofor - 12 YEARS A SLAVE
Matthew McConnaughey - DALLAS BUYERS CLUB
Tom Hanks - CAPITAINE PHILLIPS
Robert Redford - ALL IS LOST
Idris Elba - MANDELA UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTE
Meilleure actrice dans la catégorie drame
Cate Blanchett - BLUE JASMINE
Sandra Bullock - GRAVITY
Judy Dench - PHILOMENA
Emma Thompson - SAVING MR BANKS
Kate Winslet - LABOUR DAY
Meilleur acteur dans la catégorie comédie/comédie musicale
Christian Bale - AMERICAN BLUFF
Bruce Dern - NEBRASKA
Leonardo DiCaprio - LE LOUP DE WALL STREET
Oscar Isaac - INSIDE LLEWYN DAVIS
Joaquin Phoenix - HER
Meilleure actrice dans la catégorie comédie/comédie musicale
Amy Adams - AMERICAN BLUFF
Julie Delpy - BEFORE MIDNIGHT
Greta Gerwig - FRANCES HA
Julia Louis-Dreyfus - ALL ABOUT ALBERT
Meryl Streep - UN ETE A OSAGE COUNTY
Meilleur second rôle masculin
Barkhad Abdi - CAPITAINE PHILLIPS
Daniel Brühl - RUSH
Bradley Cooper - AMERICAN BLUFF
Michael Fassbender - 12 YEARS A SLAVE
Jared Leto - DALLAS BUYERS CLUB
Meilleur second rôle féminin
Sally Hawkins - BLUE JASMINE
Jennifer Lawrence - AMERICAN BLUFF
Lupita Nyong'O - 12 YEARS A SLAVE
Julia Roberts - UN ETE A OSAGE COUNTY
June Squibb - NEBRASKA
Meilleur Film Etranger (en langue non anglaise)
LA VIE D'ADELE - CHAPITRE 1 & 2 d'Abdellatif Kechiche (France)
LA GRANDE BELLEZZA de Paolo Sorrentino (Italie)
LE PASSE d'Asghar Farhadi (Iran)
LA CHASSE de Thomas Vinterberg (Danemark)
LE VENT SE LEVE de Hayao Miyazaki (Japon)
Meilleur réalisateur
Alfonso Cuaron - GRAVITY
Paul Greengrass - CAPITAINE PHILLIPS
Steve McQueen - 12 YEARS A SLAVE
Alexander Payne - NEBRASKA
David O'Russell - AMERICAN BLUFF
Meilleur scénario
HER écrit par Spike Jonze
NEBRASKA écrit par Bob Nelson
PHILOMENA écrit par Jeff Pope et Steve Coogan
12 YEARS A SLAVE écrit par John Ridley
AMERICAN BLUFF écrit par Eric Warren Singer et David O'Russel
Meilleur film d'animation
LES CROODS de Chris Sanders et Kirk De Micco
MOI, MOCHE ET MECHANT 2 de Chris Renaud et Pierre Coffin
LA REINE DES NEIGES de Chris Buck et Jennifer Lee
Meilleure musique originale
ALL IS LOST composée par Alex Ebert
MANDELA, UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTE composée par Alex Heffes
GRAVITY composée par Steven Price
LA VOLEUSE DE LIVRES composée par John Williams
12 YEARS A SLAVE composée par Hans Zimmer
Meilleure chanson originale
"Atlas" par Coldplay (HUNGER GAMES, L'EMBRASEMENT)
"Let it Go" par Demi Lovato (LA REINE DES NEIGES)
"Ordinary Love" par U2 (MANDELA, UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTE)
"Please Mr. Kennedy" par Justin Timberlake (INSIDE LLEWYN DAVIS)
"Sweeter Than Fiction" par Taylor Swift (ONE CHANCE)
Catégorie Télévision
Meilleure série dramatique
Breaking Bad
Downton Abbey
The Good Wife
House of Cards
Masters of Sex
Meilleure actrice dans une série dramatique
Julianna Margulies -The Good Wife
Tatiana Maslany - Orphan Black
Taylor Schilling - Orange is the New Black
Kerry Washington - Scandal
Robin Wright - House of Cards
Meilleur acteur dans une série dramatique
Bryan Cranston - Breaking Bad
Liev Schreiber - Ray Donovan
Michael Sheen - Masters of Sex
Kevin Spacey - House of Cards
James Spader - The Blacklist
Meilleure série comique
The Big Bang Theory
Brooklyn Nine-Nine
Girls
Modern Family
Parks and Recreations
Meilleur acteur dans une série comique
Jason Bateman - Arrested Development
Don Cheadle - House of Lies
Michael J. Fox - The Michael J. Fox Show
Jim Parsons - The Big Bang Theory
Andy Samberg - Brooklyn Nine-Nine
Meilleure actrice dans une série comique
Zooey Deschanel - New Girl
Lena Dunham - Girls
Edie Falco - Nurse Jackie
Julia Louis-Dreyfus - Veep
Amy Poehler - Parks and Recreations
Meilleur téléfilm ou mini-série
American Horror Story: Coven
Ma vie avec Liberace
Dancing on the Edge
Top of the Lake
White Queen
Meilleur acteur dans un téléfilm ou mini-série
Matt Damon - Ma vie avec Liberace
Michael Douglas - Ma vie avec Liberace
Chiwetel Ejiofor - Dancing on the Edge
Idris Elba - Luther
Al Pacino - Phil Spector
Meilleure actrice dans un téléfilm ou mini-série
Helena Bonham Carter - Burton and Taylor
Rebecca Ferguson - White Queen
Jessica Lange - American Horror Story: Coven
Helen Mirren - Phil Spector
Elisabeth Moss - Top of the Lake
Meilleur second rôle masculin dans une série, mini-série ou un téléfilm
Josh Charles - The Good Wife
Rob Lowe - Parks and Recreations
Aaron Paul - Breaking Bad
Corey Stoll - House of Cards
Jon Voight - Ray Donovan
Meilleur second rôle féminin dans une série, mini-série ou un téléfilm
Jacqueline Bisset - Dancing on the Edge
Janet McTeer - White Queen
Hayden Panettiere - Nashville
Monica Potter - Parenthood
Sofia Vergara - Modern Family
Désormais, chaque samedi, je vous proposerai une sélection d'articles publiés sur mes différents sites la semaine écoulée. Voici la sélection de la semaine:
Tout d'abord, 3 beaux concours:
- Un concours pour vous faire gagner 10 invitations pour la 19ème cérémonie des Prix Lumières présidée par Carole Bouquet (équivalent français des Golden Globes) qui aura lieu le 20 janvier, à l'Espace Pierre Cardin à Paris :
http://inthemoodforfilmfestivals.com/concours-10-invitations-pour-la...-19eme-ceremonie-des-prix-lumieres-le-lundi-20-janvier-2014-a-paris/
- Un concours pour vous faire gagner un pantagruélique tea time pour 2 au restaurant "La Bauhinia" de l'hôtel Shangri-la Paris:
http://inthemoodlemag.com/2014/01/01/concours-gagnez-un-tea-time-pour-2-au-restaurant-la-bauhinia-de-lhotel-shangri-la-paris/
-Un concours pour vous faire gagner 30 locations de films (10 pour "Elle s'en va", pour moi le film de l'année, 10 pour "Ma vie avec Liberace" et 10 pour "Grand Central"): http://inthemoodlemag.com/2014/01/09/concours-en-partenariat-avec-universcine-30-locations-de-films-a-gagner/
A lire également cette semaine: ma critique de "Yves Saint Laurent" de Jalil Lespert: http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2013/12/22/avant-premiere-critique-de-yves-saint-laurent-de-jalil-lespe-5253317.html
-ma critique de "La vie rêvée de Walter Mitty": http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2014/01/09/critique-la-vie-privee-de-walter-mitty-de-ben-stiller-5266868.html ,
-ma critique de "The Land of hope" de Sono Sion -n°2 de mon top 2013, découvert au Festival du Film Asiatique de Deauville, un festival pour lequel je vous ferai prochainement gagner des pass-: http://inthemoodlemag.com/2014/01/08/critique-de-the-land-of-hope-de-sono-sion-festival-du-film-asiatique-de-deauville-2012/
et pour mon actualité littéraire, mon roman "Les Orgueilleux" dans le calendrier de l'après de mon éditeur Numeriklivres avec, en prime, les premières lignes du roman: http://www.storenumeriklire.com/fiction-litterature/81-les-orgueilleux-de-sandra-meziere.html
Retrouvez l'actualité sur les 7 sites inthemood: http://inthemoodlemag.com, http://inthemoodforfilmfestivals.com, http://inthemoodforcinema.com, http://inthemoodforcannes.com, http://inthemoodfordeauville.com, http://inthemoodforluxe.com, http://inthemoodforhotelsdeluxe.com , http://inthemoodfordeauville.com .
Bon week end et bonne(s) lecture(s
Le 26 novembre 2012, j’ai eu le plaisir d’assister à l’avant-première de « L’Odyssée de Pi », le dernier film du cinéaste Ang Lee en salles le 19 décembre prochain. Cette projection au Gaumont-Marignan a été suivie d’une Master class du cinéaste (cf vidéo ci-dessus).
L’Odyssée de Pi est l’adaptation du roman fantastique éponyme de Yann Martel maintes fois primé, traduit en 42 langues et surtout réputé pour être totalement inadaptable au cinéma, transformant potentiellement l’aventure en odyssée cinématographique. D’autres cinéastes, avant Ang Lee, furent intéressés ou pressentis pour adapter le roman : Shyamalan, Cuaron, Jeunet avant que le projet ne soit confié au cinéaste taïwanais qui n’en était pas à son premier défi.
Après « Hôtel Woodstock », il y a trois ans, et auparavant des films aussi différents que « Tigre et dragon », « Raison et sentiments », « Le Secret de Brokeback Mountain », « Lust, Caution »…, Ang Lee s’est donc attelé à l’adaptation de cette Odyssée qui débute à Pondichéry, en Inde, là où vit Pi Patel (Suraj Sharma), avec sa famille qui s’occupe d’un zoo. A l’âge de 17 ans, il embarque avec sa famille pour le Canada avec tous les animaux du zoo destinés à y être vendus. Son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il est alors le seul survivant à bord d'un canot de sauvetage, enfin…presque seul. Avec lui : Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale comme son nom ne l’indique pas. Pi, pour survivre va alors devoir faire preuve d’ingéniosité, de courage…et surtout de beaucoup d’imagination.
Voilà ce qu’est en effet avant tout « L’Odyssée de Pi » : un hommage à l’imaginaire, salvateur ou trompeur, un hymne à son pouvoir qui permet d’affronter les vagues et les tumultes de l’existence. Une splendide allégorie sous la forme d’un conte cruel et enchanteur. C’est avant tout l’histoire d’une croyance (en la religion, en l’illusion que crée cette dernière) qui permet de survivre. C’est là que le film d’Ang Lee se révèle brillant : derrière ce qui pourrait n’être qu’un voyage initiatique (qu’il est aussi) il interroge nos croyances, leur fondement, leur but.
Le tigre qui évoque l’énergie, la puissance et la férocité est aussi, dans la religion bouddhiste, le symbole de la foi et de l’effort spirituel. Il n’est pas ici doté de pouvoirs surnaturels, et c’est ce qui fait tout l’intérêt du film. Le surnaturel ne réside que dans l’âme de Pi. A nous de voir si le tigre ou même l’existence du tigre n’est que le reflet de la sienne ou celle qu’il possède vraiment, à vous de choisir ce en quoi vous voudrez croire, si son compagnon est son imaginaire ou un splendide tigre du bengale, féroce et fascinant.
Détrompez-vous, si la bande-annonce vous a donné l’impression (l’illusion, encore une) d’assister à une histoire pour enfants, c’est avant tout sa double lecture qui rend cette odyssée passionnante. Elle commence par des images idéalisées de la vie de Pi en Inde avec ses animaux d’une beauté et d’un réalisme troublants que la 3D nous donne l’impression d’approcher réellement (impression qui culminera lors du vol d’une nuée de poissons, Ang Lee a même changé de format pour l’occasion). Puis, vient le temps du naufrage…et du face-à-face entre Pi et Richard Parker, Pi et son imaginaire, Pi et les éléments, Pi et sa foi donc surtout Pi face à lui-même, la manière dont il choisi d’affronter le drame tout comme nous d’affronter l’existence : en croyant le plus souvent (au cinéma, à l’illusion, en un Dieu).
Le conte ne s’avère ainsi pas seulement cruel parce que le zèbre et l'orang-outang naufragés avec Pi doivent subir les assauts d’une hyène mais aussi parce que tout ce que nous voyons n’existe peut-être pas, n’est potentiellement que la construction de l’esprit pour supporter une version beaucoup plus cruelle, voire insupportable de ce qui s’est réellement produit (comme, peut-être, la propre animalité de Pi dont le tigre serait alors la métaphore), à l’image de cette île perdue où débarque Pi, en apparence enchanteresse et en réalité carnivore. Tout n’est qu’affaire de perception, de point de vue… à l’image du cinéma, une autre « croyance » ou en tout cas une autre illusion dont le film est aussi l’allégorie.
LA 3D et la photographie « fabuleuse » de Claudio Miranda (« L’étrange histoire de Benjamin Button »…) nous immergent dans un univers poétique et onirique grâce à des images d’une beauté féérique et irréelle (et à dessein, la forme rejoignant ainsi le fond) qui nous procurent l’illusion de flotter dans les cieux. Ang Lee se révèle alors aussi doué dans les scènes intimistes que dans celles plus spectaculaires entre lesquelles sa filmographie lui a souvent permis d’alterner et qu’il réunit ici dans un seul film. L’émotion atteint son paroxysme et nous fait retenir notre souffle lorsqu’une tempête contraint Pi à se blottir au fond du bateau à portée du tigre abandonnant alors toute défense, peut-être toute raison et s’abandonnant (à l’illusion ?).
Le film d’Ang Lee regorge de qualités indéniables : alliance entre l’intime et le spectaculaire, beauté vertigineuse des images (comme celle de cette baleine phosphorescente qui surgit des flots comme un songe évanescent, furtif et inoubliable), et surtout double lecture passionnante, pourtant quelques bémols font que je n’emploierai pas le terme de chef d’œuvre par lequel James Cameron a salué le film d’Ang Lee : le scénario inégal avec même quelques longueurs –j’avoue même avoir regardé ma montre- (une arrivée trop brusque au Mexique, un récit enchâssé vieille recette hollywoodienne, et un surjeu à la Bollywood du jeune interprète) même si, concernant ce dernier reproche, Ang Lee, après avoir rencontré l'écrivain Steve Callahan, rescapé d'un naufrage ayant survécu 76 jours sur un radeau dans l'océan Atlantique, lui a demandé de participer à l’écriture, puis de rencontrer Suraj Sharma. Celui-ci lui a ainsi raconté que les émotions étaient amplifiées dans de telles circonstances, ce qui explique sans doute en partie son jeu qui manque de nuances.
Ang Lee a néanmoins relevé le défi de raconter l’histoire d’un homme « Seul au monde » avec une forme qui n’a rien à voir avec celle du film éponyme mais lorgne plutôt du côté d’ « Avatar », discours sur l’environnement y compris. Un conte fondamentalement cruel sous une apparence enchanteresse. Un voyage épique et poétique, un vertige sensoriel éblouissant à la narration imparfaite mais qui vaut le détour, ne serait-ce que pour la sensation jouissive de flotter sur les cieux ou encore parce qu’il nous montre qu’il faut apprivoiser l’autre, la nature, son imaginaire allant à l’encontre d’une société dans l’urgence et l’immédiateté. Au-delà de son aspect formel, c’est la polysémie de l’interprétation qui procure son originalité à ce film : le contraste passionnant entre la forme majestueuse et noble (comme un tigre) et le fond très cruel.
Je vous recommande certes ce film, malgré mes réserves, vous l’aurez compris, mais si, vraiment, vous voulez voir une fable étourdissante et bouleversante, alors allez voir « Les Bêtes du sud sauvage » de Benh Zeitlin, film d’une beauté âpre et flamboyante qui est aussi un vibrant hommage au doux refuge de l’imaginaire. L’un n’empêche d’ailleurs pas l’autre mais le second possède ce supplément d’âme, justement de magie, d’insaisissable qui fait parfois défaut au premier et si « L’Odyssée de Pi » m’a charmée et intéressée, « Les Bêtes du Sud sauvage » est un film qui m’a transportée, envoûtée, bouleversée.
En ce début d’année et à deux mois du Festival du Film Asiatique de Deauville (à suivre comme chaque année sur mes différents sites et blogs et pour lesquels je vous ferai très bientôt gagner des pass), j’avais envie de remettre à l’honneur le film que j’ai classé en 2ème place de mon top 2013 et dont il a été à mon goût trop peu question: le sublime « The Land of hope » de Sono Sion.
En mars 2013, le Festival du Film Asiatique de Deauville rendait ainsi hommage au cinéaste japonais Sono Sion, un hommage à l’occasion duquel a été projeté son dernier film « The land of hope »,. Vous pouvez également retrouver mon compte-rendu complet du Festival du Film Asiatique de Deauville 2013 en cliquant ici. « The land of hope » est à l’image des films en compétition de ce Festival du Film Asiatique de Deauville 2013 desquels se dégageait un désespoir commun, même s’il surpasse, et de loin, les autres films vus, et pour cause puisque c’est l’œuvre d’un cinéaste confirmé. A Deauville, il a également donné une masterclass au cours de laquelle il a notamment parlé des cinéastes français qu’il aimait : René Clément, François Truffaut, Julien Duvivier et des poèmes qu’il écrivait dès l’âge de 22 ans, rien d’étonnant au regard de son univers, certes unique mais aussi celui d’un cinéphile poétique.
L’an passé, en compétition, le festival avait projeté « Himizu » du même Sono Sion, film que je qualifiais alors d’une rageuse, fascinante, exaspérante et terrifiante beauté. Les premiers plans, effroyables, nous plongeaient dans le décor apocalyptique de l’après tsunami exploré par de longs travellings, mais le chaos n’était alors pas seulement visuel, c’était surtout celui qui rongeait, détruisait, étouffait les êtres ayant perdu leur identité et tout espoir.
Ce nouveau long-métrage de Sono Sion commence de manière plutôt inattendu : d’abord par son classicisme (relatif, mais du moins pour Sono Sion, moins dans la folie et l’explosion visuelles, ici) et ensuite parce qu’il met en scène un cadre bucolique, des couleurs chatoyantes et des personnages heureux. Evidemment, cela ne va pas durer et la réalité, tragique, terrible, celle du Japon que Sono Sion, films après films, dissèque et dénonce, va ressurgir avec un tremblement de terre qui frappe alors le Japon. Il entraîne l’explosion d’une centrale nucléaire. Sans vraiment en donner la raison, le gouvernement fait évacuer les habitants à proximité de la catastrophe. La famille Ono dont la ferme est située à cheval entre la zone de danger et le périmètre de sécurité, doit choisir entre fuir et rester. Sono sion va alors suivre trois couples : un couple de vieux paysans dont la femme est malade, vraisemblablement atteinte d’Alzheimer, un jeune couple qui s’apprête à avoir un enfant et un autre couple en quête des parents de la jeune femme mais aussi d’un avenir.
Aux scènes joyeuses du début succède un bref et effroyable vacarme puis un silence retentissant avant que la vie et l’image ne deviennent grisâtres puis avant que les couleurs « normales » ne reviennent, plus terrifiantes encore que ces couleurs grisâtres qui les ont précédées car si tout semble banal et quotidien, la menace et le danger sont là, constants, une guerre invisible. Les « autorités » (ici traitées au début comme une dictature par définition inique et intolérante) qui ne se contentent d’être que cela ne sont d’abord que des sortes de combinaisons inhumaines et sans identité. Tout est à la fois banal et singulier, paisible et agité. Comme le titre résonne (déraisonne aussi) alors comme une ironie tragique.
Dans la beauté éclatante de chaque plan (qui n’en est alors que plus redoutablement tragique puisqu’elle n’est que le masque de cet ennemi invisible), dans son humour désenchanté (l’absurdité de cette ligne qui sépare un jardin que Tati n’aurait osé inventer et pourtant terriblement réaliste ou de ces combinaisons de protection et la paranoïa qui seraient risibles si leur existence n’était malheureusement fondée), dans sa poésie d’une beauté et d’une tristesse ravageuses, Sono Sion nous livre son cri de révolte, d’une mélancolie déchirante : révolte contre les autorités (qu’il ne cesse de dénoncer tout au long du film), révolte contre cette centrale qu’« ils » ont malgré tout construite, une telle absurdité là aussi que c’est finalement celle qui a perdu la raison qui ne cesse de la souligner.
Sans doute Sono sion décontenancera-t-il ici ses admirateurs avec ce film plus classique que ses précédents mais, comme ses autres films, d’une beauté désenchantée, d’un romantisme désespéré (cette scène où le couple de vieux paysans danse au milieu du chaos est à la fois terriblement douce et violente, sublime et horrible, en tout cas bouleversante), d’un lyrisme et d’une poésie tragiques avec des paraboles magnifiquement dramatiques comme cet arbre -et donc la vie- qui s’embrasent mais aussi un travail sur le son d’une précision et efficacité redoutables.
Un film porté par un cri de révolte et l’énergie du désespoir, plus efficace que n’importe quelle campagne anti-nucléaire et surtout l’œuvre d’un poète, un nouveau cri d’espoir vibrant et déchirant qui s’achève sur un seul espoir, l’amour entre deux êtres, et une lancinante litanie d’un pas, qui, comme l’Histoire, les erreurs et la détermination de l’Homme, se répètent, inlassablement. Et à nouveau, pourtant, la possibilité d’un lendemain. Malgré tout, malgré l’horreur encore là et invisible. Et Fukushima délaissée par les médias, autre fatalité qui se répète, peut-être plus terrible encore : l’oubli.
Et après la beauté mélancolique du cinéma de Sono Sion, quelques images qui reflètent celle de Deauville et, au passage, pour les amoureux de Deauville, j’en profite pour vous signaler que mon roman « Les Orgueilleux » qui se déroule entièrement dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville est actuellement à l’honneur, ici, sur le site de mon éditeur avec, en prime, un extrait gratuit. Pour les amoureux de Deauville, vous retrouverez également deux nouvelles sur ce festival dans mon recueil « Ombres parallèles » également chez Numeriklivres et dont la couverture met également le Festival du Cinéma Américain de Deauville à l’honneur.
Chaque année, je vous parle de cette cérémonie qui eut lieu pendant plusieurs années à la Mairie de Paris et qui se déroulera cette année à l'Espace Pierre Cardin, à 20H, le 20 janvier 2014 et qui récompense les meilleurs films français et francophones de l'année, des récompenses décernées par la presse étrangère et qui préfigurent souvent les résultats des César qui ont lieu un mois plus tard. "Quai d'Orsay" de Bertrand Tavernier est en tête des nominations avec 5 nominations devant "La vie d'Adèle" et "9 mois ferme" avec 4 nominations.
Cliquez ici pour retrouver mon compte-rendu de la cérémonie 2012 des prix Lumières.
Cliquez ici pour retrouver mon compte-rendu de la cérémonie 2013 des prix Lumières.
Je vous propose également quelques critiques de films en lice:
"Grand Central" de Rebecca Zlotowski
"La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski
"Elle s'en va" d'Emmanuelle Bercot
"Les Garçons et Guillaume, à table!" de Guillaume Gallienne
MEILLEUR FILM
9 mois ferme de Albert Dupontel
Grand Central de Rebecca Zlotowski
La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 de Abdellatif Kechiche
L' Ecume des jours de Michel Gondry
Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier
Renoir de Gilles Bourdos
MEILLEUR REALISATEUR
Gilles Bourdos
Albert Dupontel
Michel Gondry
Abdellatif Kechiche
Bertrand Tavernier
Rebecca Zlotowski
MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL OU ADAPTATION
Le Passé de Asghar Farhadi
Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier
9 mois ferme Albert Dupontel
La Marche de Nabil Ben Yadir
La Vénus à la fourrure de Roman Polanski
Arrêtez-moi de Jean-Paul Lilienfeld
MEILLEURE ACTRICE
Juliette Binoche dans Camille Claudel, 1915 de Bruno Dumont
Catherine Deneuve dans Elle s’en va d’Emmanuelle Bercot
Sandrine Kiberlain dans 9 mois ferme de Albert Dupontel
Emmanuelle Seigner dans La Vénus à la fourrure de Roman Polanski
Christa Theret dans Renoir de Gilles Bourdos
Léa Seydoux dans Grand Central de Rebecca Zlotowski et La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 de Abdellatif Kechiche
MEILLEUR ACTEUR
Michel Bouquet dans Renoir de Gilles Bourdos
Guillaume Canet dans Jappeloup de Christian Duguay
Romain Duris dans L' Ecume des jours de Michel Gondry
Guillaume Gallienne dans Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne
Thierry Lhermitte dans Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier
Tahar Rahim dans Grand Central de Rebecca Zlotowski
REVELATION FEMININE DE L’ANNEE
Pauline Etienne dans La Religieuse de Guillaume Nicloux
Adèle Exarchopoulos dans La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 de Abdellatif Kechiche
Alice de Lencquesaing dans La Tête la première d’Amélie van Elmbt
Miss Ming dans Henri de Yolande Moreau
Vimala Pons dans La fille du 14 juillet de Antonin Peretjatko
Marine Vacth dans Jeune & Jolie de François Ozon
REVELATION MASCULINE DE L’ANNEE
Pierre Deladonchamps dans L' inconnu du lac de Alain Guiraudie
Paul Hamy dans Suzanne de Katell Quillévéré
Tewfik Jallab dans La Marche de Nabil Ben Yadir
Vincent Macaigne dans La fille du 14 juillet de Antonin Peretjatko
Raphaël Personnaz dans Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier et Marius de Daniel Auteuil
Niels Schneider dans Désordres d’ Etienne Faure
PRIX Heike Hurst du MEILLEUR PREMIER FILM
Au-Delà Du Sang de Guillaume Tauveron
Comme un lion de Samuel Collardey
En Solitaire de Christophe Offenstein
Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne
La Tête la première d’Amélie van Elmbt
Nous irons vivre ailleurs de Nicolas Karolszyk
MEILLEUR FILM FRANCOPHONE HORS DE FRANCE
Aujourd'hui de Alain Gomis (France, Sénégal)
Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch (France, Maroc, Belgique)
Le Démantèlement de Sébastien Pilote (Québec)
Dead Man Talking de Patrick Ridremont (Belgique, France, Luxembourg)
Gabrielle de Louise Archambault (Québec)
Le Repenti de Merzak Allouach
(Algérie
, France)