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Éperdument vivants. Ainsi sont presque toujours les personnages dans les films de Claude Lelouch. Ainsi nous donnent-ils encore plus envie d’être. Dans Un homme et une femme, Jean-Louis Duroc (Trintignant) demande à Anne Gauthier (Anouk Aimée), citant Giacometti « Qu'est-ce que vous choisiriez : l'art ou la vie ? ». Lelouch n'a certainement pas choisi, ayant réussi a insufflé de l'art dans la vie de ses personnages et de la vie dans son art. Son cinéma, c'est de l'art qui transpire la vie. Et, hier soir, chaque seconde transpirait la vie.C’est par son fameux court-métrage, sa trépidante traversée de Paris de huit minutes, C’était un rendez-vous, qu’a débuté cette soirée unique. Hier soir, au Palais des Congrès, c’était effectivement un sacré rendez-vous. Un rendez-vous avec mes premiers émois de cinéma. Un rendez-vous avec certains des films qui me l’ont fait aimer, comme on devrait toujours aimer : la vie, les êtres chers, le septième art. Passionnément. Inconditionnellement. Par ce concert exceptionnel au Palais des Congrès, avec les 80 musiciens de l’orchestre philarmonique de Prague, Claude Lelouch a célébré ses 85 ans....enfin pardon ses...8+5=13 ans ! Une soirée qui, comme chacun de ses films, aspirait à nous faire « aimer un peu plus la vie » qui est « le plus grand cinéaste du monde », cette vie qu'il fait tournoyer sous sa caméra, et qu’il rend ainsi si vibrante et intense. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Dénué de tiédeur. Sublime et dangereux. Grave et léger. Un jeu de hasards et coïncidences. Le cinéma, son cinéma, l’est aussi.« C’est l’irrationnel qui invente notre vie. La musique est ce qui parle le mieux à notre irrationnel » a coutume de dire Claude Lelouch. Alors, hier soir, l’irrationnel a déployé toute sa puissance pour nous embarquer dans un tourbillon d’émotions transcendé par la musique (surtout) de Francis Lai.Cette soirée aurait pu être une scène d’un film de Lelouch, là où la frontière entre le cinéma et la réalité est si ténue. L’ouvreuse vend le programme sur l’air de « qui me dira » et déjà le cinéma empiète sur la réalité, lui procure une aura romanesque.La vie de Lelouch a d’ailleurs débuté sous le signe du cinéma. C’est dans un cinéma qu’il se réfugia pendant la guerre. Et ses parents s’y sont rencontrés, pendant un film de Fred Astaire et Ginger Rogers, lesquels, des années plus tard, lui remettront son Oscar. Comme dans une scène d'un film de Lelouch glorifiant les hasards et coïncidences ! Il n’y a pas plus bel endroit pour s’abriter de la réalité qu’un cinéma après tout, non ?Claude Lelouch n’a eu de cesse de sublimer la vie et les acteurs avec sa fougue communicative, sa réjouissante candeur, son regard enthousiaste, sa curiosité malicieuse. Bien que les critiques ne l’aient pas épargné, il est toujours resté fidèle à sa manière, singulière, de faire du cinéma, avec passion et sincérité, et fidélité : à la musique de Francis Lai (toujours enregistrée avant le tournage et diffusée sur le plateau), aux fragments de vérité, aux histoires d’amour éblouissantes, à sa vision romanesque de l’existence, à ses aphorismes, aux sentiments grandiloquents et à la beauté (parfois terrible) des hasards et coïncidences.Quel plaisir de revoir tous ces moments inoubliables de cinéma portés par la musique (essentiellement de Francis Lai qui a composé les musiques de 35 de ses 50 films) magistralement interprétée par l’orchestre philarmonique de Prague, de cet inénarrable Dabada mondialement célèbre repris par Nicole Croisille à la musique de son prochain film composée par Ibrahim Maalouf et jouée en exclusivité hier.Que d’images et musiques inoubliables revues et réentendues hier ! La foule d’émotions qui passent sur le visage de Girardot à la fin d’Un homme qui me plaît jusqu’à son regard final, poignant, sur le magnifique Concerto pour la fin d’un amour. L’incroyable musique de western de ce film aussi. Ou encore ce couple magique et improbable interprété par Françoise Fabian et Lino Ventura dans le jubilatoire La bonne année (le film préféré de Kubrick, tandis qu’hier soir dans les messages enregistrés, Travolta déclarait que Un homme et une femme était son «film préféré de tous les temps» et Woody Allen que Lelouch était pour lui une source d’inspiration). Ce crescendo étourdissant et magistral du Boléro de Ravel plus bouleversant que jamais grâce à l’orchestre philarmonique et au montage des images des films de Lelouch. Ou encore la musique épique, flamboyante et lyrique de Itinéraire d’un enfant gâté qui, rappelez-vous, dans le film, accompagne d’abord les premières années de Sam Lion et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues, juste avec la musique pour faire le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Puis, les flashbacks qui alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Rappelez-vous ces premières minutes bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.Rappelez-vous aussi le « Montmartre 1540 » de Trintignant dans Un homme et une femme (c’est déjà un peu de la musique quand il le prononce, non ?). Ou des années plus tard dans Les plus belles années d’une vie quand soudain il s'illumine par la force des souvenirs de son grand amour, comme transfiguré, jeune, si jeune soudain. Et la majesté d'Anouk Aimée, sa grâce quand elle remet sa mèche de cheveux. Que d'intensité poétique et poignante lorsqu'ils se retrouvent et qu’ils sont l’un avec l’autre dans ce film des décennies après Un homme et une femme comme si le cinéma (et/ou l'amour) abolissai(en)t les frontières du temps et de la mémoire.« Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas encore vécues ». Cette citation de Victor Hugo reprise dans le film précité résume au fond ce que nous racontent tous les films de Claude Lelouch. Et ce qu’a raconté cette soirée. Et ce sont cette liberté et cette naïveté presque irrévérencieuses qui me ravissent, n’en déplaise aux sinistres cyniques. Comme chacun des films de Lelouch, cette soirée était une déclaration d’amour avec ses touchantes maladresses et ses élans passionnés. Une déclaration au cinéma. Aux acteurs. À l’amour. Aux hasards et coïncidences. Un hymne à la vie. Au présent. À l’émerveillement. À la musique.« Je ne suis pas un metteur en scène. Je suis un metteur en vie. Le plus grand scénariste, le meilleur dialoguiste, c’est la vie », « J’ai toujours privilégié l’émotion à la technique. L’émotion, c’est la vérité » répète régulièrement Claude Lelouch. « La musique c’est ce qui parle le mieux à notre instinct, qui interpelle notre cœur » dit-il aussi. Alors, hier, le mien était chamboulé.« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». Cette citation d’Albert Cohen ouvre Itinéraire d’un enfant gâté et place le film sous le sceau du pessimisme et de la solitude, impression que renforce la chanson interprétée par Nicole Croisille qui ouvre le film. « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné.Rares sont les films qui émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’ une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues réjouissants magistralement interprétés, un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, des histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et les rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus). Mais je digresse...Hier soir, au contraire, nous n’étions plus sur l’île déserte. La musique est effectivement le meilleur des médicaments comme l’a dit hier soir Claude Lelouch. Un baume universel sur les âmes meurtries et les cœurs blessés. Bref, ce fut un grand moment. De musique. D’émotions. De cinéma. Sur scène, Calogero, Nicole Croisille, Barbara Pravi, Ibrahim Maalouf, Patrick Bruel, Thomas Dutronc, ont rejoint l'orchestre philarmonique pour interpréter les chansons extraites des BO des films de Claude Lelouch tandis que Didier Barbelivien lui a composé et interprété une chanson inédite et que Francis Huster lui a lu deux déclarations d'amour, l'une de la compagne de Claude Lelouch, la talentueuse écrivaine Valérie Perrin, et l'autre des acteurs qui ont tourné avec lui, nombreux dans la salle venus souhaiter un joyeux anniversaire à celui dont on espère qu'il continuera le plus longtemps possible à nous faire aimer la vie, ainsi, passionnément.A l'issue du concert, Claude Lelouch est monté sur scène et, la voix étranglée par l'émotion, a déclaré : «A la fin de Guerre et Paix, Tolstoï disait, le plus difficile dans la vie, c'est d'aimer la vie. C'est ce que j'ai essayé de faire et à travers ces 50 films, d'essayer de vous faire partager cet amour que j'ai de la vie. Profitez-en. Vous ne pouvez pas savoir. Vous savez, je crois qu'on ne saura d'où l'on vient et où l'on va. Vous êtes arrivés dans un film qui avait commencé bien avant vous et vous serez obligés de vous barrer avant la fin du film. Alors profitez d'une seule chose, c'est le présent.» «La musique est la chose la plus importante de ma vie. C'est le meilleur des médicaments. Dès que j'ai un coup de blues, c'est à elle que je pense.»Selon Platon « La musique donne une âme à nos cœurs, des ailes à notre pensée et un essor à l’imagination. » En sortant du Palais des Congrès hier, la pensée et l’imagination s’envolaient en effet vers un joyeux ailleurs. Comme dans un film de Lelouch… Qui me dira…♪♪♪... Merci et joyeux anniversaire Monsieur Lelouch !
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Critique de FALCON LAKE de Charlotte Le Bon
Une histoire d'amour et de fantômes. Ainsi le pitch officiel présente-t-il ce premier long-métrage de Charlotte Le Bon projeté à la Quinzaine des Réalisateurs 2022, et au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville dans le cadre duquel il a reçu le prix d’Ornano-Valenti, toujours un gage de qualité à l’exemple des deux derniers films lauréats de ce prix, le brillant Slalom de Charlène Favier et Les Magnétiques de Vincent Maël Cardona ( un film qui vous donne envie d’empoigner, célébrer et danser la vie, l’avenir et la liberté, je vous le recommande aussi au passage).…Ce film ne déroge pas à la règle. Pour son premier long-métrage, Charlotte Le Bon a choisi de porter à l’écran le roman graphique de Bastien Vivès, Une sœur. Cette adaptation très libre le transpose de la Bretagne à un lac des Laurentides, situé au Québec, au Nord-Ouest de Montréal.
C’est là, pendant l’été, qu’un jeune Français, Bastien (Joseph Engel), ses parents et son petit frère viennent passer quelques jours, dans un chalet situé au bord d’un lac où sa mère québécoise (Mona Chokri) venait déjà avec son amie d’enfance. Il est décidé que Bastien dormira dans la même chambre que Chloé (Sara Montpetit), de trois ans son ainée. Une adolescente frondeuse, étrange et un peu fantasque. Chloé, qui passe d’habitude son temps avec des garçons plus âgés qu’elle, est d’abord contrariée par l’arrivée de celui qu’elle considère comme un enfant. Bastien qui a 13 ans « bientôt 14 » n’en est pourtant plus tout à fait un. Il éprouve immédiatement de la fascination pour Chloé. Cette dernière en joue. Mais n’est-ce véritablement qu’un jeu entre celui qui se cherche et celle qui pense n’avoir sa place nulle part ? Les deux adolescents se rapprochent peu à peu…
Cela commence comme un conte funèbre. Un plan sur un lac sur lequel on distingue ensuite comme un corps mort qui flotte à la surface. Puis le corps prend vie. Ensuite, une voiture s’engouffre dans une forêt dense et mystérieuse, à la fois admirable et presque menaçante. Dans la voiture qui s’enfonce dans cette forêt, Bastien touche son petit frère qui ne s’en rend pas compte, comme s’il était une présence fantomatique. La famille entre ensuite dans un chalet plongé dans l’obscurité. Toute la puissance énigmatique et ensorcelante du film est déjà là, dans ces premiers plans.
En effet, dès le début, dans ce chalet isolé au milieu de cette nature aussi captivante qu’inquiétante, une indicible menace plane. Ce mélange de lumière et d’obscurité, de candeur et de gravité, instaure d’emblée une atmosphère singulière. Cet été flamboyant contraste avec la rudesse de l’hiver à venir, et rend chaque minute plus urgente, faussement légère et presque brusque. Comme une allégorie de l’adolescence…
Baignade dans la nuit, ombres sur les murs...: Charlotte Le Bon s’amuse avec les codes du film de genre. Quand Chloé apparaît la première fois, c’est de dos, comme un fantôme. Ces fantômes dont l’adolescente ne cesse de parler. La mort est là qui rode constamment. Bastien raconte qu’il a peur de l’eau, ayant failli se noyer petit. Chloé s’amuse à disparaître dans l’eau. Elle joue à la morte et dit « j’ai pas l’air assez morte ». Elle s’approche de Bastien pour lui faire peur, déguisée en fantôme. Ils jouent à se mordre jusqu’au sang. Bastien trouve un animal mort. Il s’adonne à une danse endiablée avec un masque fantomatique sur le visage etc.
Tout cela ressemble-t-il encore à des jeux d’enfant ? Pour aller à une soirée, Chloé habille Bastien comme elle le ferait avec une poupée ou un enfant et pour désamorcer une éventuelle ambiguïté lui dit que « Les petites filles vont devenir folles ». Chloé et Bastien aiment jouer à se faire peur, à se draper d’un voile blanc pour jouer aux fantômes, à feindre la mort. Chloé photographie ainsi Bastien recouvert d’un voile blanc près d’un arbre mort. Et Chloé est surtout obsédée par la présence d’un fantôme suite à une mort accidentelle dans la partie sauvage du lac, une mort dont elle semble la seule à avoir entendu parler.
Ce récit initiatique est envoûtant du premier au dernier plan. Chloé et Bastien sont à une période charnière où tout est urgent, où les émotions sont à fleur de peau. D’un instant à l’autre, dans ce décor de fable, tout semble pouvoir basculer dans le drame.
La réalisation particulièrement inspirée de Charlotte Le Bon, entre plans de natures mortes et images entre ombre et lumière (sublime photographie de Kristof Brandl), avec son judicieux mode de filmage (pellicule 16mm), plonge le film dans une sorte de halo de rêve nostalgique, comme un souvenir entêtant. Le format carré en 4/3 semble être un hommage au film A ghost story. Dans ce long-métrage de David Lowery qui fut également projeté il y a quelques années dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville, un homme décède et son esprit, recouvert d'un drap blanc, revient hanter le pavillon de banlieue de son épouse éplorée, afin de tenter de la consoler. Mais il se rend vite compte qu’il n’a plus aucune emprise sur le monde qui l’entoure, qu’il ne peut être désormais que le témoin passif du temps qui passe, comme passe la vie de celle qu’il a tant aimée. Fantôme errant confronté aux questions profondes et ineffables du sens de la vie, il entreprend alors un voyage cosmique à travers la mémoire et à travers l’histoire. Dans ce conte poétique et philosophique sur le deuil, l’absence, l’éphémère et l’éternel, l’impression d’étirement du temps est renforcée par le format 4/3, un film inclassable qui remuera les entrailles de quiconque aura été hanté par un deuil et la violence indicible de l’absence. Cette référence n’est certainement pas un hasard tant le scénario de Charlotte Le Bon et François Choquet est d’une précision remarquable. D'une précision (et d'une justesse) remarquable, les deux jeunes comédiens qui insufflent tant de véracité à cette histoire aux frontières du fantastique le sont aussi.
Le travail sur le son est également admirable, qu’il s’agisse des sons de la nature mais aussi des sons du monde des adultes comme un bruit de fond étouffé, lointain, appartenant à une autre réalité ou tout simplement même à la réalité. La musique de Shida Shahabi à l’aura fantastique et mélancolique, est aussi un acteur à part entière. Elle vient apporter du mystère et de l’angoisse dans des moments plus légers. Elle ne force jamais l’émotion mais la suscite et nous intrigue comme lorsque quelques notes plus tristes viennent se poser sur des moments joyeux pour nous signifier qu’ils appartiennent peut-être déjà au passé.
« Certains fantômes ne réalisent pas qu'ils sont morts. Souvent c'est des gens qui n'étaient pas près de mourir, ils vivent avec nous sans pouvoir communiquer avec personne » dit ainsi Bastien à un moment du film. Une phrase qui résonnera d’autant plus fort après cette fin, ce plan de Chloé face au lac, avec sa mèche blonde, qui se tourne à demi quand Bastien l’appelle. Une fin entêtante, magnifique, énigmatique qui fait confiance au spectateur et au pouvoir de l’imaginaire. Une fin comme ce film, magnétique, dont le fantôme ne cessera ensuite de nous accompagner…Une histoire d’amour et de fantômes, certes, mais surtout une exceptionnelle et sublime histoire d’amour et de fantômes qui vous hantera délicieusement très longtemps.
Au cinéma le 7 décembre 2022.
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Programme de la 23ème édition du Arras Film Festival : du 4 au 13 novembre 2022
Alors que les salles de cinéma subissent une baisse dramatique du nombre d’entrées, plus que jamais, je souhaite vous faire découvrir ici des pépites cinématographiques, que ce soit en sortant des sentiers battus ou en vous parlant des films dits populaires, en restant toujours fidèle à mon credo : n’évoquer que les films qui m’ont enthousiasmée, vous (re)donner le goût de la curiosité et de la découverte en salles, ce à quoi incite tout particulièrement l’Arras Film Festival qui s’intéresse à toutes les formes de cinéma comme le démontre son foisonnant programme que je vous détaille ci-dessous.
Après le Dinard Festival du Film Britannique (dont vous pouvez lire mon compte-rendu, ici), je vous donne ainsi rendez-vous le mois prochain pour l’Arras Film Festival qui aura lieu du 4 au 13 novembre 2022.
Pour cette 23ème édition, 120 longs métrages, dont 80 inédits ou avant-premières, seront projetés. Je me réjouis tout particulièrement de (vous faire) découvrir ce festival à la programmation très riche, qu’il s’agisse des avant-premières les plus attendus ou de films européens méconnus. Ce festival a en effet pour objectif de promouvoir la diversité du cinéma, et plus particulièrement du cinéma européen qui « joue un rôle essentiel dans la diffusion et la promotion des films, l’émergence de jeunes talents et l’éducation aux images. »
Pendant 10 jours, chaque année, ce sont près de 50000 spectateurs, et plus de 500 professionnels et journalistes venus de toute l’Europe qui assistent au festival. Au programme : un « savant mélange de films populaires, d’œuvres exigeantes et de films que l’on ne voit nulle part ailleurs » :
- des avant-premières en présence des équipes parmi lesquelles les très tentants derniers films de : Philippe Lioret, Eric Lartigau, Clovis Cornillac (le très attendu Couleurs de l’incendie, adaptation du livre éponyme de Pierre Lemaitre, suite de la saga initiée par Au revoir là-haut), Bruno Chiche (Maestro(s)), Roschdy Zem, Gad Elmaleh, Rachid Bouchareb, Anne Le Ny…
- des avant-premières « toiles de maîtres », des films de grands maîtres du cinéma international présentés en avant-première dont Les Banshees d’Inisherin de Martin McDonagh (Une fable tantôt caustique, tantôt tragique, constamment déroutante dont je vous parle ici) mais encore The lost king de Stephen Frears...
- des avant-premières de films tournés dans la région des Hauts-de-France dont Le Prix du passage de Thierry Binisti, cinéaste dont je vous parle souvent ici qui a notamment réalisé le sublime Une bouteille à la mer, ou encore Saint Omer d’Alice Diop (Lion d'argent de la Mostra de Venise 2022), Un hiver en été de Laetitia Masson, La guerre des Lulus de Yann Samuell...
- une compétition de films européens projetés pour la première fois en France, 9 longs-métrages en présence des réalisateurs et producteurs en provenance de Hongrie, Slovaquie, Pologne, Serbie, Roumanie, Belgique, Ukraine, République tchèque…
- une sélection d’œuvres fortes, drôles, parfois même décalées, proposées dans le cadre des sections Visions de l’Est, des avant-premières ou des films inédits provenant de pays d’Europe centrale ou orientale...
- des découvertes européennes, une sélection de longs-métrages inédits ou en avant-première pour mettre en valeur les nouveaux talents du cinéma européen, l’occasion notamment de découvrir Corsage de Marie Kreutzer, primé du Prix de la Meilleure création sonore du Festival de Cannes 2022 ou encore The quiet girl de Colm Bairead qui a atteint des sommets au box-office britannique...
- mais aussi un focus sur le cinéma espagnol avec une sélection de longs-métrages en avant-première ou inédits pour mettre en valeur les talents du cinéma espagnol actuel...
- des perspectives du cinéma français avec une sélection de longs-métrages inédits ou en avant-première pour mettre en valeur les nouveaux talents du cinéma français avec, notamment, Amore mio de Guillaume Gouix...
- et Cinémas du monde : une sélection de longs-métrages pour découvrir d’autres cultures et approcher les problématiques du monde actuel avec des films en provenance du Japon, du Chili, de Turquie ou d’Algérie avec le dernier film de Mounia Meddour, Houria,...
- Les enfants et les familles ne sont pas oubliés avec de belles avant-premières, ainsi que des animations ludiques et pédagogiques, certaines s’adressant tout particulièrement aux établissements scolaires...
- une rétrospective de 12 films sur le thème Victoria, une Reine, un Empire avec des œuvres aussi formidables et diverses que Oliver Twist de David Lean, Khartoum de Basil Darden, L’homme qui voulut être roi de John Houston, Elephant man de David Lynch, Confident royal de Stephen Frears...
- une sélection de grands chefs-d’œuvre d’Europe de l’Est proposés dans le cadre des 70 ans de la revue Positif comme Cendres et diamants de Wajda, Le temps des Gitans de Kusturica ou encore 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu...
- des ciné-concerts avec notamment Paris qui dort de René Clair, en version restaurée par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé accompagnée par l’Ensemble Ciné-Concert du Conservatoire d’Arras sous la direction de Jacques Cambra...
- mais aussi une programmation pour les professionnels avec :
- les Arras days, plateforme de coproduction au concept atypique et innovant dont la 11ème édition aura lieu les 12 et 13 novembre avec, notamment, une table ronde co-organisée avec l’ARP, l'ACAP et Pictanovo sur le thème de « L’aventure du premier film », le samedi 12 novembre de 10h à 11h.
- la 16ème édition des rencontres professionnelles du Nord, du 8 au 10 novembre 2022. Près de 200 professionnels français et belges réunis pendant trois jours, plus de 10 projections de films en avant-première en présence des réalisateurs et des équipes, des présentations de line-up par les distributeurs, des moments d’échanges et de convivialité… Ce rendez-vous annuel unique au nord de Paris est proposé avec la Chambre Syndicale des cinémas du Nord-Pas de Calais. Inscriptions en ligne sur : www.lesrencontresprodunord.fr.
-Et enfin L'AFF passe son BAC. Lundi 7 novembre, de 9h30 à 17h. Pour la sixième année consécutive, l’Arras Film Festival, en partenariat avec le Rectorat de l’Académie de Lille, offre un stage pédagogique aux élèves de Première et Terminale des classes « L » et leurs enseignants, centré sur le film entrant au baccalauréat : LES VITELLONI de Federico Fellini (Italie, 1953).
Valérie Donzelli sera l’invité d’honneur de cette 23ème édition et sera la cinquième actrice-réalisatrice consécutive invitée d’honneur. Elle donnera une masterclass le jeudi 10 novembre, à l’Université d’Artois. Seront par ailleurs présentés une sélection de films représentant sa carrière d'actrice, ses 5 longs métrages en tant que réalisatrice, et sa série Nona et ses filles.
Thomas Lilti, présidera le jury Atlas qui décernera l’Atlas d’or et l’Atlas d’argent parmi une sélection de films européens en compétition. Il sera accompagné de Alix Poisson, Finnegan Oldfield, India Hair, Patrick Sobelman.
PROGRAMME COMPLET
Film d’ouverture
CHOEUR DE ROCKERS de Ida Techer et Luc Bricault avec Mathilde Seigner, Bernard Le Coq, Anne Benoit, Andréa Ferréol, Brigitte Roüan, Myriam Boyer ouvrira le festival.
Film de clôture
MON HÉROINE de Noémie Lefort (avec Pascale Arbillot, Louise Coldefy, Brigitte Fossey, Firmine Richard) sera projeté en clôture.
Avant-premières
16 ANS DE PHILIPPE LIORET
ANNIE COLÈRE DE BLANDINE LENOIR
L'ASTRONAUTE DE NICOLAS GIRAUD
C'EST MON HOMME DE GUILLAUME BUREAU
CET ÉTÉ-LÀ DE ERIC LARTIGAU
COULEURS DE L'INCENDIE DE CLOVIS CORNILLAC
DE GRANDES ESPÉRANCES DE SYLVAIN DESCLOUS
EN PLEIN FEU DE QUENTIN REYNAUD
LA GRANDE MAGIE DE NOÉMIE LVOVSKY
MAESTRO(S) DE BRUNO CHICHE
LES MIENS DE ROSCHDY ZEM
NOS FRANGINS DE RACHID BOUCHAREB
PLUS QUE JAMAIS DE EMILY ATEF
POUR LA FRANCE DE RACHID HAMI
RESTE UN PEU DE GAD ELMALEH
LES SURVIVANTS DE GUILLAUME RENUSSON
LES TÊTES GIVRÉES DE STÉPHANE CAZÈS
TOI NON PLUS TU N'AS RIEN VU DE BÉATRICE POLLE
LE TORRENT DE ANNE LE NY
AVANT-PREMIÈRES Toiles de maîtres
DES FILMS DE GRANDS MAÎTRES DU CINÉMA INTERNATIONAL PRÉSENTÉS EN AVANT-PREMIÈRE
LES BANSHEES D’INISHERIN DE MARTIN MCDONAGH
THE LOST KING DE STEPHEN FREARS
MES RENDEZ-VOUS AVEC LÉO DE SOPHIE HYDE
AVANT-PREMIÈRES Films produits en région
FILMS SOUTENUS PAR PICTANOVO AVEC L'AIDE DE LA RÉGION HAUTS-DE-FRANCE.
LES PIRES DE LISE AKOKA ET ROMANE GUERET
LE PRIX DU PASSAGE DE THIERRY BINISTI
SAINT OMER D'ALICE DIOP
UN HIVER EN ÉTÉ DE LAETITIA MASSON
LA GUERRE DES LULUS DE YANN SAMUELL
TEMPÊTE DE CHRISTIAN DUGUAY
COMPÉTITION EUROPÉENNE
9 LONGS-MÉTRAGES À DÉCOUVRIR EN EXCLUSIVITÉ EN PRÉSENCE DES RÉALISATEURS ET DES PRODUCTEURS
IL BOEMO DE PETR VÁCLAV
RÉPUBLIQUE TCHÈQUE / ITALIE / SLOVAQUIE
L'HOMME LE PLUS HEUREUX DU MONDE DE TEONA STRUGAR MITEVSKA
MACÉDOINE DU NORD
MEN OF DEEDS DE PAUL NEGOESCU
ROUMANIE
LUXEMBOURG, LUXEMBOURG DE ANTONIO LUKIC
UKRAINE
NOWHERE DE PETER MONSAERT
Belgique
SIX WEEKS DE NOÉMI VERONIKA SZAKONYI
HONGRIE
WOLKA DE ÁRNI ÓLAFUR ÁSGEIRSSON
ISLANDE, POLOGNE
WORKING CLASS HEROES DE MILOŠ PUŠIĆ
SERBIE
VISIONS DE L'EST
UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE PROVENANT DES PAYS D'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE
AFTER THE WINTER DE IVAN BAKRAC
MONTÉNÉGRO
KLONDIKE DE MARYNA ER GORBACH
UKRAINE
METRONOM DE ALEXANDRU BELC
ROUMANIE
MIKADO DE EMANUEL PARVU
ROUMANIE
MOJA VESNA DE SARA KERN
SLOVÉNIE, AUSTRALIE
NATURAL LIGHT DE DÉNES NAGY
HONGRIE
Classiques
NOUS ÉTIONS JEUNES DE BINKA ZHELYAZKOVA
BULGARIE | 1961
LA PASSAGÈRE DE ANDRZEJ MUNK A
POLOGNE | 1961-1963
DÉCOUVERTES EUROPÉENNES
UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE POUR METTRE EN VALEUR LES NOUVEAUX TALENTS DU CINÉMA EUROPÉEN
AILLEURS SI J'Y SUIS DE FRANÇOIS PIROT
Belgique
LA CONFÉRENCE DE MATTI GESCHÖNNECK
Allemagne
CORSAGE DE MARIE KREUTZER
AUTRICHE, LUXEMBOURG, ALLEMAGNE, France
DALVA DE EMMANUELLE NICOT
BELGIQUE, France
GODLAND DE GABRIELE MUCCINO
ISLANDE, DANEMARK, FRANCE, SUÈDE
NOSTALGIA DE MARIO
Italie
THE QUIET GIRL DE COLM BAIRÉAD
Irlande
RABIYE KURNAZ VS. GEORGE W. BUSH DE ANDREAS DRESEN
ALLEMAGNE, France
SICK OF MYSELF DE KRISTOFFER BORGLI
NORVÈGE
ONE IN A MILLION UN DOCUMENTAIRE DE JOYA THOMES
Allemagne
DÉCOUVERTES EUROPÉENNES Focus sur le cinéma espagnol
UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE POUR METTRE EN VALEUR LES TALENTS DU CINÉMA ESPAGNOL ACTUEL
JOSEFINA DE JAVIER MARCO
NOS SOLEILS DE CARLA SIMÓN
LES TOURNESOLS SAUVAGES DE JAIME ROSALES
DÉCOUVERTES EUROPÉENNES Perspectives du cinéma français
UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE POUR METTRE EN VALEUR LES NOUVEAUX TALENTS DU CINÉMA FRANÇAIS
AMORE MIO DE GUILLAUME GOUIX
BRILLANTES DE SYLVIE GAUTIER
LA MONTAGNE DE THOMAS SALVADOR
CINÉMAS DU MONDE
UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES POUR DÉCOUVRIR D'AUTRES CULTURES ET APPROCHER LES PROBLÉMATIQUES DU MONDE ACTUEL
BLANQUITA DE FERNANDO GUZZONI
CHILI
BURNING DAYS DE EMIN ALPER
TURQUIE
LA FAMILLE ASADA DE RYÔTA NAKANO
JAPON
HOURIA DE MOUNIA MEDDOUR
ALGÉRIE
JOYLAND DE SAIM SADIQ
PAKISTAN
LE PIÈGE DE HUDA DE HANY ABU-ASSAD
PALESTINE
FESTIVAL DES ENFANTS
UNE SÉLECTION D’AVANT-PREMIÈRES POUR LES PLUS JEUNES
DOUNIA ET LA PRINCESSE D'ALEP DE MARYA ZARIF, ANDRÉ KADI
CANADA, France
ERNEST ET CELESTINE : LE VOYAGE EN CHARABIE DE JULIEN CHHENG, JEAN-CHRISTOPHE ROGER
France
LA GUERRE DES LULUS DE YANN SAMUELL
France
INTERDIT AUX CHIENS ET AUX ITALIENS DE ALAIN UGHETTO
FRANCE, ITALIE, BELGIQUE, SUISSE, Portugal
NENEH SUPERSTAR DE RAMZI BEN SLIMAN
France
OPÉRATION PÈRE NOËL DE MARC ROBINET
France
PIRO PIRO DE MIN SUNG AH, BAEK MIYOUNG
CORÉE | PROGRAMME DE 6 COURTS MÉTRAGES
TEMPÊTE DE CHRISTIAN DUGUAY
France
VIVE LE VENT D'HIVER ! DE MILEN VITANOV, MĀRA LINIŅA, BRITT RAES, ALEKSEY POCHIVALOV, MARINA MOSHKOVA
ALLEMAGNE, LETTONIE, BELGIQUE, RUSSIE
PROGRAMME DE 5 COURTS MÉTRAGES
MA PREMIÈRE SÉANCE A PARTIR DE 18 MOIS
RETROSPECTIVE VICTORIA, UNE REINE, UN EMPIRE
Le règne de Victoria 1ère, qui dura de 1837 à 1901, fut marqué par une impressionnante expansion de l’Empire britannique, devenu la première puissance mondiale, et par la révolution industrielle, période de grand changement social, économique et technologique. Cette rétrospective de 12 films propose un regard contrasté sur une époque où le meilleur pouvait côtoyer le pire.
OLIVER TWIST DE DAVID LEAN AVEC ROBERT NEWTON, ALEC GUINNESS, JOHN HOWARD DAVID, KAY WALSH 1H56 | GB | 1948
ZOULOU DE CY ENDFIELD AVEC STANLEY BAKER, MICHAEL CAINE, JACK HAWKINS, ULLA JACOBSSON 2H18 | GB | 1964
SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR DE JAMES HILL AVEC JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, JOHN FRASER, ANTHONY QUAYLE 1H35 | GB | 1965
KHARTOUM DE BASIL DEARDEN AVEC CHARLTON HESTON, LAURENCE OLIVIER, RICHARD JOHNSON, RALPH RICHARDSON 2H14 | GB | 1966
LA CHARGE DE LA BRIGADE LÉGÈRE DE TONY RICHARDSON AVEC DAVID HEMMINGS, TREVOR HOWARD, VANESSA REDGRAVE, JOHN GIELGUD 2H19 | GB | 1968
L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI DE JOHN HUSTON AVEC SEAN CONNERY, MICHAEL CAINE, CHRISTOPHER PLUMMER 2H09 | GB | 1975
L’ULTIME ATTAQUE DE DOUGLAS HICKOX AVEC BURT LANCASTER, PETER O’TOOLE, SIMON WARD, DENHOLM ELLIOTT 1H53 | GB | 1979
ELEPHANT MAN DE DAVID LYNCH AVEC JOHN HURT, ANTHONY HOPKINS, ANNE BANCROFT, JOHN GIELGUD 2H03 | GB-USA | 1980
AUX SOURCES DU NIL DE BOB RAFELSON AVEC PATRICK BERGIN, IAIN GLEN, RICHARD E. GRANT, FIONA SHAW 2H16 | USA-GB | 1990
LA DAME DE WINDSOR DE JOHN MADDEN AVEC JUDI DENCH, BILLY CONNOLLY, GEOFFREY PALMER, ANTHONY SHER 1H45 | GB | 1997
VICTORIA, LES JEUNES ANNÉES D'UNE REINE DE JEAN-MARC VALLÉE AVEC EMILY BLUNT, RUPERT FRIEND, PAUL BETTANY, MIRANDA RICHARDSON, JIM BROADBENT 1H42 | GB | CONFIDENT ROYAL DE STEPHEN FREARS AVEC JUDI DENCH, ALI FAZAL, TIM PIGOTT-SMITH, EDDIE IZZARD 1H51 | GB | 2017 2009
CARTE BLANCHE – 70 ANS DE LA REVUE POSITIF
Fidèle partenaire de l’Arras Film Festival, la revue Positif fête cette année ses 70 ans. A cette occasion, vous pourrez découvrir sept films d’Europe de l’Est, un par décennie, qui ont fait à leur époque la couverture de la revue et illustrent parfaitement son rôle dans la découverte de ces cinématographies et de leurs grands auteurs.
CENDRES ET DIAMANTS DE ANDRZEJ WAJDA AVEC ZBIGNIEW CYBULSKI, WACLAW ZASTRZEZYNSKI, EWA KRZYZEWSKA 1H43 | POLOGNE | 1958
UNE AFFAIRE DE CŒUR : LA TRAGÉDIE D’UNE EMPLOYÉE DES PTT DE DUSAN MAKAVEJEV AVEC EVA RAS, SLOBODAN ALIGRUDIC, RUZICA SOKIC 1H16 | YOUGOSLAVIE | 1967
LA RECONSTITUTION DE LUCIAN PINTILIE AVEC JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, JOHN FRASER, ANTHONY QUAYLE 1H37 | ROUMANIE | 1968
LE TEMPS DES GITANS DE EMIR KUSTURICA AVEC DAVOR DUJMOVIC, BORA TODOROVIC, LJUBICA ADZOVIC 2H15 | YOUGOSLAVIE | 1989
LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE DE KRZYSZTOF KIESLOWSKI AVEC IRÈNE JACOB, PHILIPPE VOLTER, SANDRINE DUMAS, ALEKSANDER BARDINI 1H38 | POLOGNE-FRANCE | 1991
4 MOIS, 3 SEMAINES, 2 JOURS DE CRISTIAN MUNGIU AVEC ANAMARICA MARINCA, LAURA VASILIU, VLAD IVANOV 1H53 | ROUMANIE | 2007
CORPS ET ÂME DE ILDIKÓ ENYEDI AVEC ALEXANDRA BORBELY, GEZA MORCSANYI, ZOLTAN SCHNEIDER 1H56 | HONGRIE | 2017
CINÉ-CONCERTS
Mardi 8 et mercredi 9 novembre à la Chapelle du Conservatoire à rayonnement départemental d'Arras.
OCEANIMATION Concerto LA RENCONTRE CROISÉE INTERDISCIPLINAIRE D’ARTISTES PORTUGAIS ET FRANÇAIS.
PARIS QUI DORT DE RENÉ CLAIR AVEC HENRI ROLLAN, MADELEINE RODRIGUE, ALBERT PRÉJEAN FRANCE | 1923
Version restaurée par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé accompagnée par l’Ensemble Ciné-Concert du Conservatoire d’Arras sous la direction de Jacques Cambra. Copie : ADRC. E
Les Rencontres professionnelles du Nord
16ème édition, du 8 au 10 novembre 2022
Près de 200 professionnels français et belges réunis pendant trois jours, plus de 10 projections de films en avant-première en présence des réalisateurs et des équipes, des présentations de line-up par les distributeurs, des moments d’échanges et de convivialité… Ce rendez-vous annuel unique au nord de Paris est proposé avec la Chambre Syndicale des cinémas du Nord-Pas de Calais. Inscriptions en ligne sur : www.lesrencontresprodunord.fr
POINT D'INFORMATION
Au cinéma Mégarama
Du 24 octobre au 31 octobre
De 14h30 à 19h30 (sauf dimanches et mardi 1er novembre)
Du 2 au 4 novembre
De 9h30 à 21h30 (tous les jours)
Au Village du Festival
Du 5 au 13 novembre
De 10h30 à 19h (tous les jours)
Au téléphone : 09 72 60 45 72
TARIFS 2022
Pass festival : 70 €
Nominatif. Accès à toutes les séances sauf soirée d’ouverture sur retrait des tickets.
Billets à la séance
Tarif normal : 8 €
Tarif réduit : 6 € (-18 ans, étudiant(e)s, demandeur(se)s d’emploi, adhérent(e)s PlanSéquence + Di Dou Da, Colères du présent,
Université pour tous de l’Artois, membres du CMCAS sur présentation d’un justificatif)
Groupes scolaires : 3,50 €
Séance à tarif unique
Soirée d’ouverture, vendredi 4 novembre : 9 €
Abonnement 10 films : 48 €
Valable pour 1 à 2 personnes par séance sur retrait des tickets. Ne donne pas accès à la soirée d’ouverture.
Abonnement 5 films : 30,50 €
Valable pour 1 à 2 personnes par séance sur retrait des tickets.
Ne donne pas accès à la soirée d’ouverture.
BILLETTERIE PHYSIQUE
Cinéma Mégarama
48, Grand’Place
A partir du 24 octobre
Possibilité d’achat des pass, abonnements et billets pour la soirée d’ouverture.
De 14h30 à 19h30 (sauf dimanches et mardi 1er novembre)
A partir du 2 novembre
Possibilité d’achat de tous les billets y compris ceux correspondants aux pass et aux abonnements.
De 9h30 à 21h30 (tous les jours)
BILLETTERIE EN LIGNE
A partir du 20 octobre
Possibilité d’achat en ligne des pass, abonnements et billets pour la soirée d’ouverture.
A partir du 27 octobre
Possibilité d’achat en ligne de tous les billets (sauf tarif réduit) y compris ceux correspondant aux pass et aux abonnements sur arras.megarama.fr.
Pour en savoir plus, le site officiel du Arras Film Festival.
Un festival à suivre également sur twitter (@ArrasFilmFestiv) et instagram (@arrasfilm).
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Critique de CLOSE de Lukas Dhont
Close a reçu le Grand Prix ex-aequo du dernier Festival de Cannes. Le film de Lukas Dhont était aussi présenté en avant-première dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2022, dans la section L’heure de la Croisette. Il s’agit là du second long-métrage de Lukas Dhont, après Girl qui fut couronné de nombreux prix dont la Caméra d’or du Festival de Cannes 2018 mais aussi le prix d'interprétation Un Certain Regard pour son jeune interprète, Victor Polster.
Léo, le blond, (Eden Dambrine) et Rémi, le brun, (Gustav de Waele), 13 ans, sont amis depuis toujours. Jusqu'à ce qu'un événement impensable les sépare.
Cela commence par des jeux d’enfants, jouer à être des chevaliers, à être quelqu’un d’autre. De ce duo rempli de charme émane un mélange de fougue et de naïveté. Cette enfance dont ils ont encore les jeux, ils sont sur le point de la quitter. Ce quelqu’un d’autre qu’ils jouent à être, ils le sont un peu aussi, à cet âge où les repères se brouillent, où les sentiments deviennent confus, où la société, les autres, exigent de se/vous ranger dans des cases. Ce n’est pas encore la rentrée des classes. C’est la fin de l’été avec les derniers sursauts de ses couleurs éclatantes, les plus beaux, un peu nostalgiques déjà.
L’insouciance et la joie de vivre règnent dans la vie des deux jeunes garçons. Une amitié forte, fraternelle, fusionnelle, tendre et apparemment indéfectible, les lie. Leur amitié a pour cadre la campagne belge, les champs de fleurs des parents de Léo, un décor joyeux et coloré à perte de vue dans lequel ils courent à perdre haleine, et deux familles aimantes qui les accueillent comme s’ils étaient frères. Ils dorment l’un chez l’autre, l’un avec l’autre. La nuit, Léo invente des histoires extraordinaires et les raconte à Rémi, blotti contre lui. Léo dessine Rémi aussi. La beauté innocente et flagrante de leur amitié ensoleille tout le début du film.
Leurs parents s’occupent d’eux et les reçoivent comme s’ils étaient frères. Et lorsque la maman de Rémi, Sophie, est, couchée dans l’herbe, posée sur le ventre de son fils, Léo contre eux, leur complicité est rayonnante et harmonieuse comme la campagne qui les environne. C’est le règne de la joie et de l’innocence.
Et puis arrive la rentrée des classes. Avec le regard des autres, inquisiteur, malveillant, insistant, étouffant. Cette cruelle intransigeance adolescente qui ravage les âmes sensibles. Une question « Vous êtes ensemble ? ». Et c’est tout leur univers qui s’écroule. La note dissonante. La fin de l’harmonie. Les regards qui pèsent sur eux mettent Léo mal à l’aise, le poussent à se questionner sur ce qui était naturel auparavant, et à s’éloigner de Rémi. Il commence à se détacher de son ami, à jouer au football avec ses camarades de classe, à s’inscrire dans un club de hockey sur glace, à s’investir ainsi dans des activités qui sont des symboles supposés de virilité. Rémi souffre de cet éloignement. Le cœur est brisé, le sien et celui du spectateur d’assister, impuissant, à sa détresse insondable. Le dialogue a laissé place aux non-dits, à l’agressivité. Jusqu’au point de non-retour.
Léo comprendra alors trop tard, sera envahi par la culpabilité, devra quitter les derniers habits de l’enfance, et plonger subitement dans l’âge adulte. Le père de Rémi s’effondre à table. Les mères se murent dans la dignité et dans le silence. Sublimes Léa Drucker et Émilie Dequenne, dont le talent éclate encore plus face à la candeur et la vérité du jeu des deux magnifiques acteurs en devenir que sont Eden Dambrine et Gustav de Waele. Deux révélations dont on entendra forcément parler à nouveau tant ils crèvent l’écran…et nos cœurs.
Avec quelle délicatesse, Lukas Dhont filme (chorégraphie même) l’affection des deux garçons, leur proximité, leur joie, leurs jeux, leurs corps et leurs mouvements, comme une danse joyeuse et échevelée, avec une vitalité truffaldienne !
Le travail sur la photographie et les couleurs est aussi remarquable, comme dans Girl qui était auréolé de cette douce et délicate lumière. L’équipe technique et artistique du film est ainsi la même que celle de Girl, notamment le directeur de la photographie Frank van den Eeden. Les couleurs changeantes au gré des saisons font écho aux émotions versatiles des deux garçons. Le changement de saison et les nuances de l’automne créent ainsi une rupture avec les teintes solaires de l’été. Une rupture aussi dans l’époque de la vie de Rémi et Léo. Puis, c’est l’hiver. Jusqu’à ce que les couleurs et les fleurs reviennent, et avec elles, un espoir et la vie…
Le scénario coécrit par Lukas Dhont avec Angelo Tijssens est d’une justesse, d’une subtilité et d’une sensibilité rares, ne tombant jamais dans le pathos, jamais dans l’explication, jamais dans les clichés. Mais nous serrant le cœur. Il dissèque la violence parfois tueuse du regard des autres, et la douleur ineffable de la perte (d’un être, de l’innocence), et ce poids constant que doit affronter Léo. Selon Sénèque, "Les peines légères s'expriment aisément; les grandes douleurs sont muettes." Celle de la mère de Rémi est tout en retenue. Sage-femme de métier. On imagine la force et la douleur de cette femme exacerbée par la confrontation permanente avec des nouveau-nés.
Les violons de la BO de Valentin Hadjadj auraient pu être redondants. Il n’en est rien. Ils accompagnent et contrebalancent la retenue des personnages.
Le titre est aussi parfaitement choisi. Il évoque la proximité amicale mais aussi corporelle des deux amis, mais aussi celle de la caméra qui semble les enlacer et embrasser leurs émotions. Et aussi ensuite les enfermer dans la douleur. Du rejet pour Rémi. Et de la culpabilité pour Léo. Comme cette grille du casque de hockey qui enferme son visage. Il porte un masque au sens propre comme au sens figuré. Comme encore dans cette scène, terrible, lors de laquelle la mère de Léo vient le chercher dans le bus, qui fait écho à cette autre scène tout en tension, de Léo avec la mère de Rémi. Dans les deux cas, les mots sont impossibles à trouver, et tout est dit dans le jeu des acteurs, dans les silences gênés, dans la maladresse des gestes.
Malgré la tragédie évoquée, le film de Lukas Dhont, d’une maitrise (de jeu, d’écriture, de mise en scène) rare, est empreint de poésie qui ne nuit pas au sentiment de véracité et de sincérité. Et puis il y a ce regard final qui ne nous lâche pas comme l’émotion poignante, la douce fragilité et la tendresse qui parcourent et illuminent ce film. Un regard final qui résonne comme un écho à un autre visage, disparu, dont le souvenir inonde tout le film de sa grâce innocente.
Un des grands films de cette année, étourdissant de sensibilité, bouleversant, à voir absolument en salles, dès le 1er novembre 2022.
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HALLELUJAH, LES MOTS DE LEONARD COHEN, documentaire de Dan Geller et Dayna Goldfine – Critique (au cinéma, le 19 octobre 2022)
Le Festival du Cinéma Américain de Deauville a eu l’excellente idée de braquer ses projecteurs sur Leonard Cohen et l’histoire fascinante de sa chanson mythique, Hallellujah, avec ce documentaire sélectionné dans Les Docs de l’oncle Sam, section toujours synonyme de formidables découvertes comme L’Etat du Texas contre Melissa de Sabrina vVn Tassel, l’an passé. Cette chanson a fait le tour du monde et a souvent été utilisée au cinéma et, pourtant, qui en connaît véritablement le sens et l’histoire ? Combien sont ceux qui l’ont attribuée et l’attribuent encore à Jeff Buckley (comme certains chanteuses et chanteurs d’ailleurs dans le documentaire) ?
À la fin des années 60, Leonard Cohen signe, comme Bob Dylan, chez Columbia. A travers l’histoire de cette chanson au destin exceptionnel, le documentaire raconte comment Leonard Cohen s’est reconstruit et s’est affirmé comme l’un des artistes les plus importants de notre époque. Québécois, juif, avec sa voix très grave, austère même, Leonard Cohen trace sa propre route, atypique. Il sort ainsi son premier album, Songs of Leonard Cohen, en 1967, à 33 ans. Mais Leonard Cohen est auteur compositeur et poète et sa légende mettra des années à s’écrire, d’ailleurs aussi grâce à ce documentaire qui est un magnifique hommage à son immense talent d’auteur.
Cette passionnante histoire est aussi celle des affres de la création, des injustices du succès et d’une époque dans laquelle la diversité des médias facilite la vulgarisation des œuvres, sans pour autant que cette communication à outrance permette de connaître le sens profond des choses et leur origine. C’est un atout des documentaires, et de ce documentaire en particulier, que de permettre de redonner du temps au temps, de prendre du recul dans une époque d’immédiateté.
Nous découvrons la chanson à travers les yeux des personnes qui avaient participé à son enregistrement (le producteur et arrangeur John Lissauer), qui l’avaient chantée avec Leonard Cohen lui-même (Sharon Robinson) ou qui l’avaient reprise à leur compte (Judy Collins, Brandi Carlile, Rufus Wainwright) ou encore le rabbin Mordecai Finley, Nancy Bacal, son amie d’enfance depuis près de 80 ans, son amie Dominique Issermann), ainsi que ses compagnons intellectuels (Adrienne Clarkson, le compositeur Larry « Ratso » Sloman).
En 1984, la Colombia refusa de sortir aux Etats-Unis l'album de Leonard Cohen, Various Positions, qui comprenait la mythique chanson. « Leonard, tu es formidable mais le talent reste à voir » lui dira ainsi le très perspicace patron de la Columbia. L'album sort alors en toute discrétion, par une autre maison de disque. L'année dernière, elle fut choisie pour rendre hommage aux victimes du Covid lors d'une cérémonie à Washington devant le président Biden. Entre les deux, l’histoire de cette chanson est un vrai roman ! Une chanson au sens et aux paroles fluctuants tout au long de la vie de son auteur, de telle sorte que chacun a pu se l’approprier et même y apporter une signification différente à chaque moment de sa vie. Il existe 600 à 800 versions de Hallelujah dans le monde aujourd’hui. Les carnets dans lesquels Cohen écrivait au fil des années les différentes versions de ses couplets apparaissent ainsi pour la première fois à l’écran dans le documentaire et attestent du travail titanesque et du perfectionnisme acharné de l’auteur. Le nombre estimé de couplets variait ainsi de 80 à 350 selon la personne qui en racontait l’histoire. Cohen dit ainsi qu’il mit 7 ans à écrire la chanson.
« C'est un processus qui repose sur la persévérance. »« Je suis auteur avant tout avec son lot de conflits intérieurs. Un auteur ne peut résoudre ses conflits que par l'écriture » dit aussi Leonard Cohen dans le documentaire. Il n’apporte pas forcément de réponses sur le sens de la chanson. On y apprend cependant que Leonard Cohen perd son père à 9 ans. C’est à cet âge qu’il enterre un poème une première fois comme un rituel religieux. Peut-être certains verraient-ils dans cet acte symbolique la clef d’une des chansons les plus mythiques de l’histoire dont il existe des centaines de versions et autant d’interprétations, du profane au religieux. En émane en tout cas une beauté sacrée, poétique, mystique, sensuelle, captivante, et profondément émouvante. Aussi charnelle que spirituelle.
La chanson connut plusieurs résurrections. Passée d’abord inaperçue, elle fut livrée au public par Bob Dylan qui la chantait lors de ses concerts. Puis il y eu les versions de John Cale (qui ne chantait pas les passages évoquant la religion) et Jeff Buckley (« s’il n’était pas mort, la chanson n’aurait pas eu un tel impact ») qui la firent connaître avant que Rufus Wainwright ne la reprenne pour la bande originale de Shrek (BO double disque de platine aux USA) et ne la fasse réellement exploser. Elle devient alors incontournable dans toutes les TV réalités musicales. Cohen observe avec amusement ce détournement qui la fait devenir plus populaire par ses interprètes d’un soir qui la chantent lors d’émissions que par son auteur qui se fait ainsi dépasser dans les classements.
Sa manageuse détournera ensuite son argent. Ruiné, après une retraite bouddhiste dans un monastère de Californie, Cohen devra à nouveau se renouveler et ressusciter. Il sort trois albums salués par la critique, Old Ideas (2012), Popular Problems (2014) et You Want It Darker (2016…sorti 16 jours avant sa mort), et un album posthume, le bien nommé Thanks for the Dance (2019). Et à plus de 80 ans, il effectue une tournée dans le monde entier…restant parfois 3 heures sur scène.
« La vie est une pièce bien écrite, si on exclut le 3eme acte. Dans mon cas, le début du 3ème acte est extrêmement bien écrit ». « Je n'ai pas vraiment trouvé ce que je cherchais mais je n'ai plus besoin de chercher. ». Malgré les centaines de versions de la chanson légendaire c’est Leonard Cohen qui véritablement l’incarnait, ainsi que toute la complexité des émotions qu’elle recelait. « Regardez autour de vous et vous verrez un monde impénétrable. Vous pouvez vous indigner ou dire alléluia. J'ai essayé de faire les deux.» Ainsi conclut-il ce passionnant documentaire qui rend hommage à la beauté éternelle de cette chanson mais avant tout au talent du poète unique qui l’écrivit. A ne pas manquer le 19 octobre au cinéma !
SONY MUSIC accompagne la sortie du film avec l’édition d’un best-of inédit de Leonard Cohen en CD et vinyle (édition limitée). Composé de 17 titres, HALLELUJAH & SONGS FROM HIS ALBUMS, comprend une performance livre inédite et inoubliable de Hallelujah lors du Festival de Glastonbury en 2008.
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Critique de ARMAGEDDON TIME de James Gray
Après sa projection en compétition officielle à Cannes (dont il est reparti une fois de plus bredouille, et une fois de plus injustement), le huitième film de James Gray, Armageddon time, était projeté en avant-première dans le cadre de la section A l’heure de la Croisette du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville. James Gray est aussi l’invité d’honneur du Festival Lumière de Lyon qui lui rend hommage cette semaine.
Le (grand) cinéma est affaire de points de vue comme celui de James Gray dont le regard aiguisé se pose avec tellement de sensibilité sur les êtres que, dès les premiers plans, il vous captive même par une scène en apparence anodine dans une salle de classe. Celle du jeune Paul Graff (Michael Banks Repeta) qui vit dans le Queens, là où le cinéaste lui-même a habité dans son enfance. Alors que se profile l'arrivée de Reagan au pouvoir, Paul amoncèle les bêtises avec son ami Jonathan (Jaylin Webb). Il devra changer d'école et se retrouvera ensuite dans l’établissement scolaire au siège d'administration duquel siègent plusieurs membres de la famille Trump dont Fred, le père de Donald. Ses parents, Esther (Anne Hathaway) et Irving (Jeremy Strong), sont démunis face à ce fils pour lequel ils rêvent de réussite. Seul son grand-père (Anthony Hopkins) semble le comprendre…
Si James Gray a toujours raconté des histoires de famille déchirées, il recourait toujours au masque du polar ou du film noir pour les évoquer même si The Immigrant (un très grand film d’une mélancolie d’une beauté déchirante et lancinante qui nous envahit peu à peu et dont la force ravageuse explose au dernier plan et qui nous étreint longtemps encore après le générique de fin) était déjà inspiré des souvenirs de ses grands-parents, juifs ukrainiens arrivés aux États-Unis en 1923 dont l'histoire est ici à nouveau contée par le grand-père de Paul. Cette fois, James Gray lève le masque pour raconter une histoire très personnelle inspirée de son enfance.
En quelques plans, quelques phrases, notamment lors d'une séquence de dîner exemplaire (qui n'est pas sans rappeler une des premières scènes de Two lovers), James Gray croque chacun des personnages, leurs forces et fragilités et leurs relations, ou du moins telles qu'ils veulent qu'elles apparaissent.
Comme le monde dans lequel il évolue, le jeune Paul est en plein chambardement, vers l'âge adulte. S'il perd une part de son innocence, il y gagne ses raisons d'être un artiste : le désir de liberté et surtout de justice sous l'influence de son grand-père. Avec une extrême délicatesse, James Gray filme la relation de Paul avec ce dernier interprété par Anthony Hopkins et avec son ami Jonathan, abandonné de tous, victime d'un racisme plus ou moins latent et de l’indifférence sociale.
James Gray cherche à comprendre les raisons de chacun y compris celles du père violent de Paul et y compris les siennes qui le poussèrent à devenir cinéaste. Comme dans chacun de ses films, l'apparent, volontaire et relatif manichéisme initial n'est en effet là que pour laisser peu à peu place à des personnages infiniment nuancés et infiniment touchants qui essaient de vivre tant bien que mal malgré les plaies béantes, de l’existence et surtout de l’enfance.La nuit nous appartient, pouvant sembler de prime abord manichéen, se dévoilait ainsi progressivement comme un film poignant constitué de parallèles et de contrastes savamment dosés, même si la nuit brouille les repères, donne des reflets changeants aux attitudes et aux visages. Un film noir sur lequel plane la fatalité. James Gray dissèque aussi les liens familiaux, plus forts que tout : la mort, la morale, le destin, la loi. Un film lyrique et parfois poétique, aussi : lorsque Eva Mendes déambule nonchalamment dans les brumes de fumées de cigarette dans un ralenti langoureux, on se dit que Wong Kar-Wai n’est pas si loin... même si ici les nuits ne sont pas couleur myrtille mais bleutées et grisâtres. La brume d’une des scènes finales rappellera d’ailleurs cette brume artificielle comme un écho à la fois ironique et tragique du destin.
La fin de l’enfance et de l’innocence est aussi celle d’un monde tout entier pour celui qui la vit, comme le jeune Paul dans Armageddon time, la fin de l'appréhension de la vie comme manichéenne (l'apparent manichéisme, on y revient), qui lui apprend les compromis que nécessite l’existence, que la frontière entre le bien et le mal est parfois si floue. C’est son « Armageddon time » en écho avec l’actualité d’alors, la peur d’une guerre nucléaire. C’est pour lui l’amère découverte de ses propres limites, de la trahison, de l’apprentissage de la mort, du racisme, des injustices. La mort du grand-père tant aimé, c’est la fin de cette part de rêve, et du sentiment d’éternité et d’invincibilité, la prise de conscience de la finitude des choses.
La sublime photographie de Darius Khondji aux accents automnaux renforce la sensation de mélancolie qui se dégage du film, douce puis plus âpre. James Gray filme l’intime avec grandeur et lui procure un souffle romanesque et émotionnel unique. Le jeune Michael Banks Repeta est absolument bluffant, et quel duo avec Anthony Hopkins qui incarne le personnage lumineux du grand-père après son rôle dans The Father où il redevenait lui-même cet enfant secoué de sanglots, prisonnier de sa prison mentale et de son habitation carcérale. Quelles images sublimes que celles du grand-père et du petit-fils dans cette lumière automnale, déclinante, et crépusculaire. Sublime et fascinante comme un dernier et vibrant sursaut de vie. James Gray n'a pas son pareil pour faire surgir l'émotion par un simple regard à travers la vitre, et vous bouleverser sans pour autant recourir à des facilités ou ficelles mélodramatiques. Une scène entre le père et le fils dans la voiture est aussi un exemple de subtilité, de nuance, d’émotion contenue.
Un film d’une tendre cruauté et d’une amère beauté, vous disais-je à propos de Two lovers. C’est à nouveau ainsi que je pourrais qualifier ce film. J’en profite donc pour vous recommander à nouveauTwo lovers (à voir aussi cette semaine au Festival Lumière de Lyon), ce thriller intime d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments, enivrants, qui s’emparent des personnages principaux, et de l’émotion qui s’empare du spectateur. Avec en plus cette merveilleuse bo entre jazz et opéra (même influence du jazz et même extrait de l’opéra de Donizetti, L’elisir d’amore, Una furtiva lagrima que dans le chef d’œuvre de Woody Allen, Match point, dans lequel on trouve la même élégance dans la mise en scène et la même dualité entre la femme brune et la femme blonde sans oublier également la référence commune à Dostoïevski, Crime et châtiment dans le film de Woody Allen, Les Nuits blanches dans Two lovers), un film dans lequel James Gray parvient à faire d’une histoire a priori simple un très grand film, à fleur de peau, d’une mélancolie, d’une poésie et d’une beauté déchirantes. Je pourrais en dire de même de Armageddon time qui, comme chacun de ses sept films précédents, témoigne de toute la sensibilité, la dualité, la complexité, la richesse du cinéma de James Gray. A voir au cinéma dès le 9 novembre 2022.
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Compte-rendu et palmarès du 33ème Dinard Festival du Film Britannique
Conte d’été de Rohmer. L’heure zéro de Pascal Thomas (adapté d’Agatha Christie). Deux films tournés à Dinard qui pourraient la résumer. Un décor de cinéma, entre le conte et le film à suspense, surplombé par Hitchcock, statue à la stature démiurgique. Ainsi est-elle aussi dans ma mémoire, kaléidoscopique, mêlant les souvenirs amoncelés là : d’enfance, de festivals, de films. Des souvenirs auxquels il faudra désormais ajouter ceux de cette enthousiasmante 33ème édition du Dinard Festival du Film Britannique.
Le panorama dinardais est à l’image du cinéma d’outre-Manche, d’une diversité admirable. Quel sentiment étrange que de se sentir (presque) à l'abri des turbulences glaçantes de l’actualité comme lors de chaque festival, celui-ci tout particulièrement, dans cette alcôve bretonne qui semble en être coupée, et en être aussi la quintessence de la beauté et de la poésie, un peu rugueuse parfois mais non moins envoûtante !
Avec son charme suranné, son élégance intemporelle et sa magie mystérieuse, Dinard était l’endroit idéal pour un festival d’où l’idée lancée par Thierry de la Fournière, il y a 33 ans. Hussam Hindi en fut le directeur artistique de 1996 à 2019, remplacé ensuite par Dominique Green.
Je vous ai souvent parlé de ce festival dont j’ai eu le plaisir de faire partie du jury en 1999 sous la présidence de la fantasque et fantastique Jane Birkin. Les ans écoulés n’ont rien changé au plaisir d’y retourner à de nombreuses reprises.
24 000 festivaliers étaient cette année au rendez-vous pour découvrir une programmation de qualité divisée en cinq sections thématiques : It’s Raining Men, Girl Power, Cinema – past, present & future, Eccentrics & Free Spirits, Irish Eyes in Dinard.
En ces temps si âpres pour le cinéma qui, à mon grand désarroi, tend de plus en plus à devenir une marchandise consommable et jetable, les festivals sont plus que jamais indispensables pour redonner le goût incomparable de la découverte des films en salles. Cette édition était particulièrement prometteuse à cet égard, notamment la compétition, six films parmi lesquels le jury présidé par José Garcia (accompagné de Oulaya Amamra, Georges Blagden, Sofia Essaïdi, Hugo Gélin, Adrian Lester et Alice Pol) a eu la passionnante mission de choisir le Hitchcock d’or 2022.
Les six films de la compétition que j’ai eu le plaisir de voir ont été à la hauteur de cette promesse avec, surtout, le film couronné du Hitchcock d’or, du prix du public et du prix d’interprétation féminine (rien que cela !) qui est pour moi un des grands films de cette année 2022 et qui méritait donc cette avalanche de récompenses.
« Qui pensons-nous être ? ». Telle était la question posée sur les murs du Palais des arts de Dinard. Question à laquelle devaient répondre les films de cette édition selon les mots de la directrice artistique du festival, Dominique Green, lors de la cérémonie d’ouverture du festival.
Tourmentée. Impétueuse. Romanesque. Flamboyante. Rebelle. Étrange. Exaltée. Ainsi pourrait être qualifiée la Manche dont le spectacle incomparable, à Dinard, inonde et ensorcelle le regard. Telle pourrait aussi être qualifiée l’héroïne du film Emily de Frances O’Connor (Emma Mackey). Ce film raconte la vie imaginaire de l’une des romancières les plus célèbres du monde, Emily Brontë, disparue trop tôt, à 30 ans. Un voyage initiatique d’une jeune femme rebelle vers la maturité. Le film explore les relations qui l’ont inspirée : sa relation brute et passionnée avec ses sœurs Charlotte et Anne, son premier amour douloureux et interdit pour Weightman, et l’attention qu’elle porte à son frère Branwell.Cette première réalisation de Frances O'Connor dresse un portrait imaginaire de la célèbre romancière, aussi passionnant que bouleversant. Un éloge de la différence, de la liberté (avant tout celle de penser), de la puissance de l'écriture que l'auteure des Hauts de Hurlevent semble puiser autant dans les chagrins (l'amour, la mort, la solitude) que dans la sauvagerie et la rudesse des paysages du Yorkshire pour livrer cette écriture tempétueuse et poétique qui, comme ce film, nous emporte et nous enivre. Comme le panorama dinardais, finalement. La réalisation époustouflante pour un premier film (photographie sublime de Nanu Segal, richesse de la profondeur de champ, utilisation signifiante de la lumière), entre Jane Campion et James Ivory est à la hauteur de son (magnifique) sujet. Un hymne palpitant à la vie que l'écriture permet de sublimer, surmonter, exalter, romancer pour qu'elle devienne intensément romanesque à l'image de ce film qui est aussi enflammé et flamboyant, comme son héroïne, en contraste avec les paysages ombrageux du Yorkshire. Un film au romantisme sombre, envoûtant, parsemé de références au roman mythique d'Emily Brontë (entre embardées dans le genre fantastique - dont une remarquable scène de dîner qui est aussi un hommage à la force poignante et dévastatrice de l’imaginaire - et relation tumultueuse et passionnelle avec son frère) et qui interroge intelligemment les rapports entre la fiction et la vie d'un (ou une) auteur(e), la part de vérité qu’elle ou il y puise pour nourrir son art, qu’il s’agisse de s’y sauver ou de s’y perdre.
Le président du jury de ce 33ème Dinard Festival du Film Britannique, José Garcia, a ainsi déclaré : « On a été unanimes. Emily est un très grand film, très moderne alors qu'il est sur une base très classique. » Je vous reparlerai plus longuement de ce film vertigineux de beauté et d’intensité, dont la sortie en France est prévue pour mars 2023.
Le jury a tenu à créer un prix spécial pour All my friends hate me de Andrew Gaynord, un prix du « Best ensemble », prix d'interprétation collectif entièrement mérité pour une pléiade d’acteurs sur laquelle repose la réussite de ce long-métrage.
C’est l’anniversaire de Pete. Sa bande de copains, rencontrés à la fac, lui organise une fête à la campagne. Néanmoins, Pete est de plus en plus troublé par les blagues et les commentaires sarcastiques de ses amis. Alors que l’atmosphère passe de la gêne à la terreur et au surréalisme, Pete frôle le point de non-retour au cours de ce qui était censé être un joyeux week-end de retrouvailles.
La réussite de ce film repose avant tout sur le jeu polysémique des « camarades » de Pete. (Sont-ils foncièrement immatures ? Cruels ? Lui font-ils subir une mauvaise plaisanterie ? Pete manque-t-il tout simplement d’humour ?) Et sur l’interprétation de ce dernier en lequel la paranoïa s’insinue peu à peu, l’attitude de ses « amis » le renvoyant aux peurs de l’adolescence, celle d’être le mal-aimé, l’exclu. Le cadre ce vieux manoir perdu en pleine campagne hostile est parfait pour créer une atmosphère inquiétante aux accents horrifiques et pour faire perdre ses repères à Pete, objet de tous les reproches et toutes les rancœurs. Toujours à la frontière des genres, entre rire cynique (voire sinistre) et cauchemar, à la fois caustique, mordant, et d’une réjouissante étrangeté, ce film nous captive de la première à la dernière seconde en nous conduisant à essayer de comprendre la « règle du jeu », une partie de chasse nous rappelant d’ailleurs ici celle du film éponyme de Renoir.
Également au palmarès, avec un prix spécial du jury : The Almond and the Seahorse de Celyn Jones et Tom Stern, produit par Guillaume Gallienne.
Pour Gwen (Trine Dyrholm) c’est toujours 1999. Elle ne reconnaît pas le visage qu’elle voit dans le miroir, ni sa compagne Toni Charlotte Gainsbourg), bien qu’elles se réveillent ensemble tous les jours. Le passé de Joe (Celyn Jones), se délite et sa partenaire, Sarah (Rebel Wilson), craint d’être oubliée. Un médecin refuse de les abandonner, déterminé à ne pas les laisser dépérir. Les deux couples se retrouvent dans le service du docteur Falmer, spécialiste du cerveau.
Ce film est l’adaptation de la pièce de théâtre que Celyn Jones a écrite avec Kaite O’Reilly, dans laquelle il jouait déjà. Il incarne donc Joe, victime d'amnésie après un traumatisme crânien. Mais ce sont Charlotte Gainsbourg et Trine Dyrholm qui crèvent l’écran, les nuances subtiles de leur jeu atténuant les quelques lourdeurs et facilités scénaristiques.
L’amande et l’hippocampe sont ainsi deux régions cérébrales responsables de la mémoire. À travers ces destins entremêlés, ce sont les conséquences du traumatisme qui sont évoquées. Crânien pour les victimes. Et moral pour leurs accompagnants. Si le scénario n’évite pas certaines facilités, l’émotion finit par nous emporter, un constat lucide sur la maladie et ses effets dévastateurs sur l’entourage qui doit apprendre à continuer à vivre malgré cette plaie béante à l'âme (la leur et celles de leurs êtres chers). Se dégagent de ce film une profonde mélancolie mais aussi un regard à la fois empathique et sans concessions sur la maladie. La photographie est particulièrement soignée et pour cause puisqu’elle est signée Tom Stern qui a notamment souvent collaboré avec Clint Eastwood.
Absent du palmarès mais qui aurait mérité d’y figurer : Winners de Hassan Nazer. Dans une petite ville provinciale iranienne, les enfants travaillent dur pour faire vivre leur famille. Un jour, Yahya, neuf ans, et son amie Leyla trouvent une statuette scintillante dans le désert. Passionné de cinéma, Naser Khan, le patron de Yahya, décide de les aider à retrouver son propriétaire.
Alors que depuis la mort de Mahsa Amini les Iraniennes et les Iraniens luttent avec un admirable courage pour leur(s) liberté(s), Winners de Hassan Nazer, film en compétition anglo-iranien rendait un hommage malin et décalé à la puissance du cinéma mais aussi à celle du cinéma des cinéastes iraniens dont Jafar Panahi (et à l'un de ses chefs-d'œuvre, Taxi Téhéran, malicieusement cité) actuellement emprisonné. À travers l'histoire de Yahya, neuf ans, et de son amie Leyla qui trouvent une statuette scintillante dans le désert (un Oscar !), sous forme d'une fable maligne, Hassan Nazer montre les souffrances d’un pays dans lequel les enfants doivent trier les déchets pour (sur)vivre et dans lequel le cinéma représente une évasion merveilleuse, un Cinéma Paradiso (le film de Tornatore est d’ailleurs maintes fois cité). Ce quatrième long-métrage de Hassan Nazer fut primé par le public du festival d’Edimbourg. Tout comme son jeune interprète, Yahya, qui passait ses nuits à visionner des DVD en cachette, Hassan, lui, regardait des VHS. Contrôlé par les autorités iraniennes, il a intelligemment réussi à obtenir leur aval et malgré tout à évoquer l’état de son pays d’origine : « Les réalisateurs iraniens doivent être intelligents pour dire ce qu’ils ont à dire, sourit-il. Par nécessité. C’est cela qui rend les films iraniens uniques. » En sort un grand vainqueur : le cinéma, qui permet de rapprocher les êtres et d’éclairer la réalité.
Également en compétition, My old school de Jono McLeod. L’étonnante et véritable histoire de l’imposteur le plus célèbre d’Écosse. 1993 : Brandon, 16 ans, est le petit nouveau de l’école. Très vite, il devient le premier de la classe, réussit ses examens, se fait des amis et décroche même le rôle principal dans la comédie musicale de l’école. Il est l’élève modèle, jusqu’à ce que son secret soit révélé.
Mêlant animation, documentaire et reconstitution (l’imposteur prenant les traits d’Alan Cumming), ce film hybride vaut avant tout pour l’histoire qu’il conte et pour ce mélange des genres. Malheureusement, aussi fascinante soit cette histoire, les multiples répétitions des mêmes moments sous un angle différent finissent par devenir lassantes et insultantes pour l'intelligence du spectateur malgré l’inventivité indéniable de la réalisation.
Quant à Pirates de Reggie Yates, sixième film en compétition, il nous emmène un soir du Nouvel An 1999 lors duquel trois amis, jeunes adultes, s’aventurent dans les rues de Londres, déterminés à terminer l’année en beauté avant que leurs vies ne diffèrent irrémédiablement. Au volant d’une petite Peugeot 205, esquivant les petites amies et les gangs, Cappo, Two Tonne et Kidda sont prêts à tout pour se procurer des billets pour la meilleure fête du millénaire.
Le ton décalé so britisth, l’enthousiasme débridé et communicatif de ses jeunes interprètes (qui auraient eux aussi mérité un prix d’interprétation collectif !), le rythme trépidant, tout cela dégage un charme certain malgré l’immaturité des protagonistes, et parfois du scénario. Reste, comme dans le film précédent, une bande-son extrêmement entraînante, joyeuse et réussie. Pirates est ainsi un hommage à cette musique et à une époque révolue, des cassettes audio et des vieux téléphones portables. Un feel-good movie qui exhale une vitalité rafraîchissante.
Enfin, je tenais à évoquer deux films iconoclastes projetés lors de cette 33ème édition, au premier rang desquels Les Banshees d’Inisherin de Martin McDonagh. Un conte funeste et funèbre présenté en avant-première mondiale à la Mostra de Venise 2022 où il a remporté le prix du meilleur scénario et pour lequel Colin Farrell a remporté la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine.
Sur Inisherin - une île isolée au large de la côte ouest de l'Irlande -, entre 1922 et 1923, en pleine guerre civile, deux compères de toujours, Padraic (Colin Farrell) et Colm (Brendan Gleeson), se retrouvent dans une impasse lorsque Colm décide du jour au lendemain de mettre fin à leur amitié. Abasourdi, Padraic n’accepte pas la situation et tente par tous les moyens de recoller les morceaux, avec le soutien de sa sœur Siobhan et de Dominic, un jeune insulaire un peu dérangé. Mais les efforts répétés de Padraic ne font que renforcer la détermination de son ancien ami et lorsque Colm finit par poser un ultimatum désespéré, les événements s’enveniment et vont avoir de terribles conséquences.
Après ses deux oscars pour 3 Billboards en 2018, Martin McDonagh retrouve les deux acteurs de son premier film, Bons baisers de Bruges, Colin Farrell et Brendan Gleeson film dans lequel se trouvait déjà ce mélange détonant d’humour et de noirceur. La guerre reste hors-champ mais l’atmosphère lourde qui imprègne l’île est celle d’une violence latente. L’incongruité de la situation et du postulat imposé par Colm à son ex-ami instille un malaise qui va crescendo et, au fil des minutes, le rire caustique se teinte de plus en plus d’angoissante gravité. L’isolement de cette île aux paysages époustouflants instaure un climat d’étrangeté avec ses autochtones peu affables entre un policier qui violente son fils, une épicière un peu trop curieuse et une vieille femme aux airs de sorcière métaphorisant la Mort. Padraic s’occupe de ses animaux (véritables personnages ici) mais le reste de son temps il ne fait pas grand-chose si ce n’est, normalement, bavarder au pub avec Colm (ou plutôt l’abreuver de bavardages abscons selon les dires de ce dernier). Colm préfère désormais écrire de la musique. L’équilibre des lieux semble bien fragile et, par son attitude absurde et résolue, Colm va venir le déstabiliser. Seule Siobhan semble agir avec raison et faire la seule chose qui s'impose : quitter ces lieux nocifs. Le drame prend peu à peu le pas sur la légèreté jusqu’à une certaine radicalité qui confine à la folie. Le film est parfois aussi aux frontières du fantastique. Mais ne rentre finalement dans aucun genre. Cette île est un reflet d’un monde dépassé par la violence forcément aussi absurde que le climat menaçant qui règne sur cette île que symbolise le comportement de Colm qui en devient alors l’allégorie. Le ton si singulier du film en constitue la richesse, portée par des comédiens exceptionnels, des premiers aux secondes rôles. Une fable tantôt caustique, tantôt tragique, constamment déroutante.
Parmi les incontournables moments forts de cette édition, il ne fallait pas manquer The Gallery de Paul Raschid, une véritable expérience en exclusivité à Dinard, projeté en présence de Paul Raschid et George Blagden. Le film a en effet été projeté pour la première fois en version intégrale dans une salle de cinéma…avec 18 fins possibles ! Une séance interactive particulièrement ludique qui a enthousiasmé les festivaliers et qui, loin d’être vaine, explore astucieusement l’idée du libre-arbitre.
Un marchand d'art est pris en otage par un portraitiste qui menace de faire exploser une bombe si ses exigences, qui changent constamment, ne sont pas satisfaites... Le public doit alors choisir entre un protagoniste masculin qui évoluera en 2021, et un protagoniste féminin en 1981. En votant à des instants clés, le spectateur décide de la suite de l’histoire ; la vie du protagoniste en dépend. Les rôles principaux de Morgan et Dorian sont joués par les deux mêmes acteurs dans les différentes versions. Ce film interactif investit un nouveau territoire, entre le cinéma et le jeu.
L’histoire se déroule ainsi en 1981 puis en 2021 et s’adapte parfaitement aux enjeux de chaque époque. En 1981, l’Angleterre est celle de Thatcher avec des troubles civils. Le personnage dont le spectateur guide les décisions est la conservatrice Morgan Haynes (Anna Popplewell). Elle s’apprête à exposer le portrait d’une personnalité politique réalisé par une artiste reconnue : Nicki Dryden-Smith (Rebecca Root). La veille, Dorian (George Blagden) s’introduit dans la galerie et la prend en otage. Dans la seconde version, l’Angleterre est celle du Brexit. Le pays est donc à nouveau divisé mais pour d’autres raisons cette fois. L’épidémie de Covid est aussi largement prise en compte. Le conservateur sur les décisions duquel nous influons est Morgan Haynes (George Blagden) qui expose le portrait d’une influenceuse. Cette fois, c’est une femme (Anna Popplewell) qui prend le galeriste en otage. Anna Popplewell et George Blagden. Popplewell sont particulièrement impressionnants, et la réussite de l'expérience tient sur leurs épaules et à la riche palette de leur jeu, aidée par des décors et costumes parfaitement en adéquation avec les différentes époques. Une expérience à vivre en festival !
L’éloge de l’étrangeté. Ainsi pourrait-on résumer les films de cette édition. Et dans un monde et un cinéma de plus en plus aseptisés, cette irrévérence toute britannique, cette exploration des méandres de l’âme, jusqu’aux frontières de l’irrationnel, fait un bien fou.
Quitter un festival, c’est toujours pour moi éprouver une foule de sentiments contradictoires, une sorte de joie teintée de nostalgie. Une joie nostalgique alors, doux oxymore. La nostalgie de quitter une sensation de jubilatoire irréalité. Mais c’est aussi la joie de retrouver le cocon de l’écriture, le plaisir inestimable de laisser les mots s’élancer dans le silence et me laisser transporter par leur musique, telle que l’entendait Stendhal :
« il faut que la musique commence par nous égarer pour nous faire regarder comme des possibles des choses que nous n’osions espérer ».
Oui, cette musique-là des mots celle qui nous laisse croire en l’impossible et nous égarer avec délices, et être qui l’on peut oser être, peut-être ainsi donc : tourmentée, impétueuse, romanesque, flamboyante, rebelle, étrange, exaltée. Revenir à Dinard c’est toujours plonger dans un bain de cinéma et de souvenirs teintés de nostalgie, et déplorer alors que le temps file comme cette mer couleur émeraude monte : à la vitesse d’un cheval au galop. Mais aussi, entre les volutes du passé et du cinéma, être à Dinard, c’est surtout respirer à pleins poumons l'air malgré tout consolant de la fameuse mer galopante. Et se laisser emporter par la puissance des rêves qu'elle insuffle.
En complément :
- le site officiel du festival
- une nouvelle intitulée À l'ombre d'Alfred qui a pour cadre le Festival de Dinard, à retrouver dans mon recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma, Les illusions parallèles – Editions du 38 – 2016 . Pour avoir un aperçu de ce recueil, je vous invite à écouter, Un certain 14 novembre, une des 16 autres nouvelles de ce recueil enregistrée en podcast, ici.
Photo ci-dessus prise lors de ma séance de dédicaces à la Librairie Nouvelles Impressions de Dinard pendant l'édition 2016 du Festival du Film Britannique.
- un texte sur mes souvenirs de jurée au festival dans le livre des 20 ans du festival, Flashback, en 2009,
- mais aussi, quelques années plus tard, en 2021, dans le livre 125 ans de cinéma au Pays de Dinard.
- mon compte-rendu de l’édition 2016 du Festival de Dinard
- mes nouvelles qui ont pour cadre Dinard enregistrées en podcast, à écouter sur Spotify en suivant les liens ci-dessous :
Un remerciement particulier à Gilles Lyon-Caen, attaché de presse du festival, pour l'organisation et l'accueil, parfaits.
À bientôt pour de nouvelles aventures cinématographiques, réelles ou romanesques…!
PALMARES du 33ème DINARD FESTIVAL DU FILM BRITANNIQUE
PRIX DU JURY | JURY PRIZES
Hitchcock d’Or Ciné+ | Best Film
Emily de Frances O’Connor
Hitchcock de la meilleure interprétation | Best Performance
Emma Mackey pour Emily
Prix spécial du jury Barrière | Special Prize
The Almond and the Seahorse de Celyn Jones & Tom Stern
Prix d’interprétation collectif | Best Ensemble
All my Friends Hate Me de Andrew Gaynord
PRIX DU PUBLIC | AUDIENCE AWARDS
Hitchcock du public long-métrage | Public Prize Hitchcock, Feature Film
Emily de Frances O’Connor
Hitchcock du public shortcuts | Public Prize Hitchcock, Best Short
Rat de Sarah Gordon